dimanche 30 novembre 2008

Caesarem legato barbieri alacrem eorum

Non, non, je n'ai pas viré latiniste distingué. Regardez mieux, c'est du latin de cuisine. Accrochez-vous, c'est parti pour une allégorie pâtissière échevelée, navrante et déplacée ! Mon sujet, vous l'avez deviné, bien qu'il soit subtilement dissimulé dans le titre, est Gato Barbieri, et plus particulièrement, l'évolution des gâteaux de Barbieri.
A ses débuts, il était surtout porté sur les biscuits salés, voire épicés, ceux qui vous arrachent la gueule et vous tirent des larmes. Vers le milieu des années 70, il a évolué vers le gâteau lourd, genre pudding. C'est l'entre deux qui m'intéresse aujourd'hui, ce subtil mélange de rhum et de crême qui vous laisse baba : deux disques sortis en 1973 où Barbieri incorpore délicatement la musique de la Cordillère des Andes à son free jazz. Je sais, je sais, vous vous dites "Oh non, pitié, pas la flûte de pan !"













Il est vrai que, si pendant quelques temps on a apprécié qu'El Condor passât, rapidement El Condor lassa, puis finalement El Condor fâcha. Et pourtant, est-ce la faute du berger bolivien ou péruvien si l'on peut maintenant se délecter de merveilles du genre "Les grands adagios de la musique classique à la flûte de pan" ? Il n'y sont pour rien, les pauvres, et Gato non plus !
Ces deux disques donc, "Bolivia" et "Chapter one : latin america" intègrent le folklore des hauts plateaux de la Cordillère des Andes avec infiniment de respect, et pour un résultat qui n'a rien à envier aux meilleures réussites de Pharoah sanders ou de Don Cherry dans le domaine de la World Music. Pour illustrer mon propos, voici un extrait de "Chapter one : Latin America" intitulé "Nunca mas", et une autre, tiré de "Bolivia", justement nommé... "Bolivia", sur lequel vous aurez en plus le plaisir de retrouver, entre autres, Lonnie Liston Smith aux claviers. A s'en lécher les doigts. Régalez-vous !

Découvrez Gato Barbieri!


Découvrez Gato Barbieri!

dimanche 23 novembre 2008

Me voyez-vous venir avec mes gros Szabo ?


J'ai récemment lu une critique de l'album "Dreams", sorti en 1968, de Gabor Szabo, ce qui me fait écrire cette note. L'auteur de cette critique trouvait l'album parfait à une exception près : il estimait que le jeu de Szabo n'était pas à la hauteur et fantasmait sur ce que ça aurait donné avec Larry Coryell à sa place !
Ce monsieur m'a l'air de n'écouter la musique qu'avec une partie très limitée de son corps, probablement une toute petite zone de l'un des hémisphères de son cerveau ; il est probable que ses oreilles ne soient même pas impliquées dans l'affaire !
Il aurait pu s'agir d'un banal disque de third stream, avec ses morceaux de Manuel De Falla, mixés avec des reprises pop (Donovan), tout cela combiné avec les arrangements de cordes et de vents très sophistiqués et subtils de Gary McFarland. Le jeu de Szabo sur ce disque est justement ce qui l'empêche d'être d'une platitude absolue.
Szabo n'est certes pas un virtuose, mais il transmet autant d'émotion en trois notes, serait-ce trois fois la même, que n'importe lequel de ses guitaristes pyrotechniques interchangeables du jazz rock en quinze portées. Vous êtes-vous demandé pourquoi il a autant influencé Carlos Santana ? En effet, qui peut reconnaître chez le virtuose latino-américain une once du style de ce non-virtuose américano-hongrois ? Si Santana lui-même ne l'avait pas proclamé, personne ne s'en serait rendu compte. Eh bien, selon moi, ce que Carlos a retenu de Gabor, c'est cette étrangeté de jeu qui, le rend unique et reconnaissable entre tous : cette impression qu'il joue légèrement désaccordé, ces vibratos envoûtants transmettant des impressions de bayou autant que de forêt des Carpathes et qui nous fait douter de l'instrument qu'il utilise.

Mille millions de mille szabords, une fois pour toutes, qu'on se le dise, Gabor Szabo est le plus grand guitariste de tous les temps !

On se calme et on s'écoute le premier morceau de l'album : "Galatea's guitar", une compo de Gabor. Le reste est du même métal, dont on fait les bijoux.

dimanche 16 novembre 2008

Le grand Callier à spirales

Une video pour se rappeler qu'il existe encore quelques grands chanteurs noirs qui font autre chose que du r'nb : Terry Callier, l'une des plus belle voix que je connaisse, et un style de musique qui n'appartient qu'à lui.

dimanche 9 novembre 2008

Bienvenue dans le ciel de l'Amérique

Plusieurs essais ont été faits pour mélanger le jazz et la musique classique. Dans la plupart des cas, ce mariage, bien loin d'additionner les forces de chacune des deux musiques, a plutôt donné naissance à un faible mutant. Le Third Stream, par exemple est bien souvent une musique soporifique et sophistiquée ne satisfaisant ni les adeptes du jazz, ni ceux du classique.
Il fallait s'appeler Ornette Coleman pour parvenir à composer une musique aussi exigente et enthousiasmante que celle de "Skies of America".
Basée sur un concept de son invention, l'harmolodie (les musiciens jouent simultanément la même mélodie à différentes hauteurs et dans différentes tonalités), cette oeuvre est unique en son genre.
Il s'agit de musique orchestrale avec des parties solo, jouées par Ornette lui-même, et non malheureusement, comme cela était prévu, d'une sorte de concerto grosso, à cause de ce %%&é!!@@@ de ##$$§!!! de syndicat des musiciens du London Symphony Orchestra qui a empêché Ornette de faire jouer son quartet en plus de l'orchestre. Je les imagine bien, dédaigneux : un musicien de jazz, cette musique de bas étage ! c'est déjà bien beau d'accepter de jouer cette musique de nègre, nous la crême de la crême des musiciens !
Eh oui, dommage !
Imaginez ce que cela aurait donné avec en plus Charlie Haden, Ed Blackwell et Don Cherry, ça aurait cassé la baraque, au bas mot !

lundi 3 novembre 2008

Henri complet

Alors que Soft Machine faisait du jazz avec les instruments du rock, Henri Texier fait du rock avec les instruments du jazz. Ce n'est pas pour autant du jazz-rock, et encore moins du jazz fusion. C'est unique et ça ne ressemble à rien d'autre : c'est du Texier.
La musique de Texier est envoûtante, voire trippante, elle doit autant à John Cale qu'à Ron Carter. L'autre jour, en concert au Vauban, je me suis retourné vers Arnaud pour lui dire : "c'est du krautjazz !", alors que lui, sur la même longueur d'onde me disait : "C'est du Can !".
20 ans, donc, que je connais Texier, et je ne l'avais jamais vu en concert ! Voilà qui est fait et qui m'a permis de découvrir un point qu'il n'a pas en commun avec Mingus : la gentillesse. Quand il parle, et avec quel humour ! de sa voix chaude et tendre, vous avez l'impression que c'est votre meilleur pote qui est là sur la scène et qu'il joue spécialement pour vous !
Il fait la même musique depuis des années et on ne s'en lasse pas. Il faut dire qu'il sait s'entourer le bougre, il pioche dans un vivier de musiciens nourris au free dont certains, comme Bojan Z, ont su prendre leur envol. Pour autant, les titres de sa composition sont toujours très mélodiques, ainsi que sa façon, unique, de jouer de la contrebasse ; dans de nombreux cas, c'est elle qui joue la mélodie, ou qui l'introduit, comme dans ce morceau, "Night Diary", tiré de "Colonel Skoppje", en 1988, le premier disque que j'ai acheté d'Henri Texier et l'un de mes premiers disques de "jazz".