lundi 21 décembre 2009

Jeune pousse : Tyondai Braxton

J'avoue que, quand j'ai compris que le thème de ce nouveau rendez-vous du Z-Band serait "Jeune pousse", j'ai eu un moment de panique. En effet, j'ai beau essayer, je n'arrive pas à m'intéresser, ou alors pas longtemps, au jazz actuel. Trois options s'offraient donc à moi :
- passer mon tour en espérant que le prochain thème me passionne plus.
- faire l'hypocrite et dénicher un musicien de jazz actuel qui ne me déplaise pas trop, sachant que je ne l'écouterais qu'à cette occasion.
- parler d'un musicien qui n'a aucun rapport avec le jazz.


J'ai choisi, bien sûr, la troisième option, à ceci près que Tyondai Braxton a quand même un petit rapport avec le jazz : c'est le fils d'Anthony Braxton ! Petit rapport ? Ben oui... Anthony lui-même n'a qu'un petit rapport avec le jazz, tel qu'on l'entend généralement.
Au risque de m'attirer des commentaires désobligeants, je vais préciser ma pensée. Pour moi, le jazz, en tant que genre musical, a connu son apogée dans les années soixantes avec Coltrane et le free, et a ensuite disparu, dissous dans le rock le plus avancé (celui de Zappa, de Soft Machine...) et dans la musique savante contemporaine (voir les rapports qu'entretenaient Braxton justement, et toute l'AACM, avec la musique de Stockhausen, Cage et consort). Ce qui est resté et qui a continué à être appelé jazz, n'évolue plus, faute de grands innovateurs. Le grand public considère comme innovatrice et étrange une musique qui existait déjà quarante ans auparavant. Et je ne parle pas du revival hard bop, dont l'intérêt m'échappe.
Regardez le programme de n'importe quel festival dit "de jazz", et vous trouverez, pèle-mèle, du blues, de la pop "jazzy", des musiques du monde, quelques vieilles gloires évidemment, mais rarement de l'innovation.
Il faut se rendre à l'évidence : cette musique est morte, et une jeune pousse, avec l'étiquette "jazz" ne peut-être, au mieux, qu'un rejet, dont tous les férus de botanique savent qu'ils ne seront jamais aussi beaux que l'arbre dont ils sont issus.

Bon ! Ceci étant dit, comment faudrait-il donc appeler la musique innovatrice d'aujourd'hui ? Car elle existe évidemment !
Duke Ellington disait à Dizzie Gillespie : "Pourquoi les laisses-tu appeler ta musique be-bop ? Moi j'appelle tout simplement la mienne Ellingtonia !". Rahsaan Roland Kirk, comme Cecil Taylor, refusait l'appellation Jazz et préférait "Great Black Music". La musique créative d'aujourd'hui est multiforme mais on se rend compte, en parcourant les blogs, que les amateurs de free jazz aiment généralement aussi le free rock, le krautrock, les musiques électroniques, les minimalistes, la musique savante contemporaine, tout ce que le site Néosphères appelle "les sphères de la nouvelle musique".
Et c'est bien à ces sphères qu'appartient Tyondai Braxton, comme son père, mais avec moins de jazz et plus de rock.
Jetons un oeil aux multiples étiquettes que l'on colle à sa musique sur allmusic : avant-garde, jazz, pop/rock, experimental, creative orchestra, alternative/indie rock, prog-rock, post-rock, neo-prog, math-rock ! La dernière est savoureuse mais assez transparente : du rock mais affreusement complexe ! Moi, j'appelle ça tout simplement de la musique créative d'aujourd'hui et, quelques fois pour simplifier à outrance, de la Zorn-music, en hommage à la grande figure de ce genre de musique : John Zorn.
La logorrhée verbale que vous venez de lire, sauf si, effrayé, vous avez zappé jusqu'à ce paragraphe, masque mal le peu de renseignement que j'ai sur Tyondai Braxton. Je n'ai même pas été fichu de trouver sa date de naissance ! Heureusement, sa musique parle d'elle-même.

Pour commencer (enfin !), un album parait en 2002, "History that has no effect", dont voici le seul extrait que j'ai pu trouver, et c'est, sans doute l'un des moins étranges de l'album :

Ce disque est une pure merveille, d'une puissance sonore incroyable, fait de boucles électroniques et de guitare saturée, aux ambiances très variées et originales, et suffirait déjà, à lui tout seul, à mettre Tyondai sur un piedestal, si le meilleur n'était pas à venir...

Et le meilleur, c'est Battles, un quatuor de rock dont la musique s'inspire à la fois de Zappa et de Spike Jones, pour le côté cartoon. Battles a d'abord sorti, en 2004, deux Ep qui ont fait sensation. Je me souviens qu'à cette époque, si vous tapiez "Battles" sur google, vous n'obteniez quasiment rien comme information. Depuis 2007 et la sortie de leur premier album, "Mirrored", il est plus facile de tomber sur eux. On trouve, sur Jiwa, l'album entier et, sur Youtube, quelques superbes vidéos. En voici quelques exemples suffisamment évocateurs :





Attention, cet album sublimissime peut provoquer une addiction grave !

Et ce n'est pas tout ! Parallèlement, du moins je l'espère, tant je n'aimerais pas voir disparaître le groupe Battles après un seul album, Tyondai Braxton a sorti en 2009 un disque en solo, intitulé "Central market", qui est une pure merveille de musique orchestrale, dont le seul défaut est la brièveté (34 petites minutes !), qui doit autant à Steve Reich ou Stavinsky qu'à Brian Eno. Je n'ai, malheureusement, pas pu trouver d'extraits, mais voici tout de même une vidéo très intéressante, ou Braxton parle de son oeuvre :



Voilà ! J'en ai fait le tour, et je retourne l'écouter en attendant, la langue pendante, le prochain opus de ce petit génie.
N'oubliez pas d'aller faire un tour sur les superbes blogs de mes collègues du Z-Band :

Jazz Frisson : Parc-X

Jazz à Berlin : Peter Van Huffel

Jazz à Paris, Mutine Hélary

JazzOcentre : Benoit Lavollée Trio

Ptilou’blog : Nenad Gajin

Maitre chronique : Stabat Akish

samedi 12 décembre 2009

Pas de bras, pas de chocolat !

Comme je manque cruellement de temps en ce moment, je me contente de faire partager mon goût pour certains albums peu connus, comme celui-ci : "The Inner Mystique" (1968) par les Chocolate Watchband, un groupe californien. C'est un disque de rock garage, avec des morceaux de psychédélisme dedans, que j'adore et que j'écoute assez souvent. En voici deux extraits, le premier étant mon préféré, avec son côté orientalisant (et la flûte bien sûr !), le deuxième, plus significatif du groupe (très inspiré des Stones) :


dimanche 6 décembre 2009

Une fontaine de soul


Je n'ai pas beaucoup de temps aujourd'hui mais, en fouillant un peu dans ma collection, j'ai remis la main sur ce petit chef-d'oeuvre de hard bop tardif (1968) de Clifford Jordan, "Soul fountain", dont voici un extrait explosif :
TNT (sur Deezer)

samedi 28 novembre 2009

Aux amateurs de folk introspective

Si, comme moi, vous vous désolez que Nick Drake n'ait sorti que trois albums avant de se suicider, les trois plus beaux albums de folk qui puissent exister, vous serez, peut-être un peu consolés de savoir qu'il s'en trouve quelques rares de la même époque qui jouaient dans la même cour.
J'ai déjà évoqué, ici, le cas de l'ex chanteur des Zombies, Colin Bluntstone. Cela fait donc deux albums de plus !
En voici deux autres, de Duncan Browne, de la même veine mélodique, avec le même genre d'arrangements empruntant au classique : "Give me take you" (1968) et son petit frère "Duncan Browne" (1973).






















Pourquoi autant d'écart entre les deux ? Tout simplement parce-que le premier a été un échec commercial retentissant, malgré la reconnaissance critique immédiate de ce chef d'oeuvre, parfois comparé à, rien de moins que, "Astral Weeks" de Van Morrison !
Malheureusement, Browne n'a pas continué dans cette veine, se tournant vers un prog-rock à la Roxy Music, beaucoup moins intéressant.
En écoute, un titre du premier disque, "Ninepence worth of walking" :

dimanche 22 novembre 2009

Sérénité

"Serenity" est un morceau de Coltrane qui apparait sur les albums "First Meditations" et "Meditations". Le premier, bien qu'enregistré en 1965, n'est sorti qu'en 1977, Coltrane n'en étant pas satisfait. Il était en pleine transition vers le free et le quartet ne lui suffisait plus. Il s'est alors payé le luxe de réenregistrer complètement cet album avec deux musiciens de plus : Rashied Ali et Pharoah Sanders.
Ces albums sont fantastiques tous les deux, et l'un ne va pas sans l'autre, mais, en ce qui concerne "Serenity", j'ai une préférence pour la version en quartet. La fin du morceau est pratiquement une démonstration de l'influence de Coltrane sur Jan Garbarek. Ajoutez la réverb sur le saxe et vous voilà transporté en Norvège.
Essayez voir !

Les liens Jiwa ne marchant plus, voici "Love", tiré du même album, en attendant de retrouver sur Youtube cette version de "Serenity" :

dimanche 15 novembre 2009

Marchons avec Miles


A l'instar de Picasso, Miles Davis est un artiste "à périodes" (évidemment, pour Miles, ces périodes sont toutes "kind of blue"). Les principales périodes de Miles sont bien connues : le bop, avec Parker et Gillespie, le cool, avec Konitz et Mulligan, le quintet avec Coltrane, le third stream, avec Gil Evans, le jazz modal avec Bill Evans, le deuxième quintet, avec Herbie Hancock et Wayne Shorter, la fusion, le funk, et pour terminer : la pop et le star system des années 80.

Il est une période que j'ai passée sous silence, parce qu'elle est souvent et malheureusement oubliée. Il s'agit de la période de transition entre le cool et la formation du quintet avec Coltrane.
On le sait, Miles n'était pas du genre à s'installer dans un style, même prospère. Il allait toujours de l'avant. Comme il le disait : "Ne m'aimez pas pour 'Kind of blue', aimez moi pour ce que je fais maintenant !".
Aussi, malgré le succès du style cool (surtout, il faut bien le dire, auprès du public blanc), a-t-il voulu en sortir. A l'époque (1954), Miles vient de se désintoxiquer assez violemment, et il rejettera le cool aussi durement qu'il a rejeté la dope, en inventant, avec Horace Silver, le Hard bop, une musique forte, plus simple que le bop, plus pêchue que le cool, et surtout : une musique exclusivement black (les blancs resteront englués dans le west coast, extension du cool sur la côte ouest, pendant de nombreuses années).
S'il est un disque à retenir de cette période, c'est "Walkin'". On y trouve la section rythmique de Miles à cette époque : Horace Silver, Kenny Clarke et Percy Heath, ainsi que les souffleurs JJ Johnson et Lucky Thomson, ce qui justifie grandement le sous-titre de "Miles Davis all stars" de ce magnifique disque.
Voici le premier titre de cet album, qui suffira largement à vous donner envie de chercher plus loin :

lundi 2 novembre 2009

My favorite things (6)

Pour terminer en beauté avec "My favorite things", voici une version pour le moins inattendue : celle de Sun Ra sur le magnifique album, récemment réédité "Some blues but not the kind that's blue" (1977).
Cette version est unique : elle ne ressemble pas au morceau original, n'a rien à voir, non plus, avec la version de Coltrane, sans pour autant être déjantée, comme on pourrait s'y attendre avec Sun Ra.
Une pure merveille !

Le lien jiwa ne marchant plus, en voici deux autres versions très différentes :

My favorite things (5)

Aujourd'hui, je vous propose une version plus classique que les deux dernières, mais qui reste d'essence coltranienne : Kenny Burrel, dont je ne suis pas un grand fan, mais qui rappelle un peu, ici, le Wes Montgomery de "Impressions".

My favorite things (4)

Après la version psychédélique free d'Alice Coltrane, que diriez-vous d'une version latino-funk ? Le brésilien Sergio Mendes, en 1968. Il est intéressant de noter à quel point c'est daté, alors que la version de Trane est intemporelle.
Ceci étant dit... J'aime aussi !


A venir, demain et après-demain : une version plus classique mais superbe, puis une hénaurme surprise !

My favorite things (3)


Passons à une version franchement coltranienne, voulez-vous ?
Et, pour ça, quoi de mieux que Coltrane... elle-même !
Attention quand même ! Si vous êtes allergique à l'orgue Wurlitzer, vous préférerez passer votre chemin. Je le suis, à vrai dire... mais je supporte le son de cet horrible instrument, comme prix à payer en contrepartie des arrangements de cordes, si originaux, de Mme veuve Coltrane.

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My favorite things (2)

La version chantée la plus connue est probablement celle de Julie Andrews, puisque c'est celle du film "The sound of music" en 1965 :


Mais, pour un amateur de jazz, il vaut mieux celle de Sarah Vaughan, en 1961, sur l'album "After hours" :


Tout ça c'est bien beau, mais... aucun rapport avec la version de Coltrane !
Pour ça, il faut aller chercher Al Jarreau et, si vous n'en écoutez qu'une, que ce soit celle-là :

dimanche 1 novembre 2009

My favorite things (1)

Quand on parle de "My favorite things" avec un amateur de jazz moderne, le nom qui vient tout de suite, bien sûr, c'est Coltrane. La plupart, comme moi, ont découvert ce standard de Rodgers & Hammerstein sur l'album de Trane du même nom.
Ce morceau le fascinait et il l'a très fréquemment joué, en explorant toutes les possibilités harmoniques, poussant parfois le morceau (j'allais dire : le bouchon) jusqu'à plus de 30 minutes !
Depuis les années 60, c'est la version de Coltrane qui est devenue le standard, au point qu'on pourrait presque le considérer comme le compositeur du morceau.

Pour le cas ou des amateurs, débutant dans le jazz, ne connaîtraient pas ce chef-d'oeuvre, je le mets en écoute dans sa version la plus fameuse, celle de l'album "My favorite things" de 1960. C'est l'un des plus beaux morceaux de jazz que je connaisse, et le solo très Debussyste de McCoy Tyner m'enchante au moins autant que ceux de Trane.

Au cours de la semaine, je mettrais en écoute d'autres versions, pré et post coltraniennes, mais déjà, vous pouvez mesurer le fossé entre la version d'origine de Mary Martin (pour le show de Broadway, "The sound of music") et celle de Coltrane, enregistrée seulement un an après !



dimanche 25 octobre 2009

Je ne descendrais pas LaMontagne, même à cheval !

Pour une fois, et pour prouver que je suis aussi capable de m'intéresser à la musique d'aujourd'hui, pour peu que ça ne soit pas du jazz revival, je vais faire une petite note sur un artiste du courant "new folk", que j'écoute beaucoup en ce moment, parce que ça me détend.
En plus, il a un nom qui incite à faire des jeux de mots vaseux (ce qui me détend aussi !) : Ray LaMontagne.


Je dis que cette musique détend, mais je sais que cet avis ne sera pas partagé par tous. En effet, la musique de Ray est du genre folk dépressif, un peu à la Nick Drake, si vous voyez ce que je veux dire ! La plupart des morceaux sont calmes et lents, incitent à la méditation... et à aller se coucher.
Mais quelle voix ! Imaginez une telle voix greffée sur les génies de la folk que sont Bob Dylan et Neil Young, ça changerait tout non ? Je vous dis ça, moi qui ai fait l'impasse pendant 20 ans sur Neil Young, à cause de son horrible falsetto.
Trois disques sont sortis à l'heure actuelle, "Troubles", "Till the sun turns black", et "Gossip in the grain", en 2004, 2006 et 2008. Ils ont tous été acclamés par la critique, mais on imagine bien qu'il est attendu au tournant (en 2010, sans doute, car il semble avoir la phobie des chiffres impairs), juste pour le plaisir d'écrire : "LaMontagne a accouché d'une souris".

En écoute : "Let it be me", que je traduirais, très librement, par : "Bof, après tout, s'il en faut un... autant qu'ce soit moi !"


samedi 17 octobre 2009

Si, Naima !

Je rebondis un peu tard, car je n'ai pas son abattage, sur une note de blog de Ptilou à propos du "Naima" de Coltrane.
Il existe une version encore plus belle, à mon humble avis, que celle de l'album "McCoy Tyner plays John Coltrane", c'est la version solo de l'album "Echoes of a friend" de 1972, dont j'ai déjà parlé dans cette note, où vous trouverez ce morceau en écoute.

Mais ce que je vous propose aujourd'hui est beaucoup plus rare : Eric Dolphy jouant "Naima" à la clarinette basse, à la radio à Paris en 1964. Le morceau est très long (environ 15'), et commence par une introduction à la clarinette basse seule, où il est très difficile de reconnaître le thème, jusqu'à son énoncé, à l'unisson, vers 2'.
A noter : la présence à la trompette de Donald Byrd, et l'utilisation de congas.




Régale-toi, Ptilou !


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dimanche 11 octobre 2009

Kulu Se Mama

Pour rappeler ce que le Free Jazz, tendance World, de Pharoah Sanders doit à Coltrane , en voici l'une des plus fantastiques illustrations : Kulu Se Mama.
Ce morceau de 18 minutes constituait la face 1 de l'album du même nom, enregistré en 1965 et sorti par Impulse en 1966.

Un album bancal, puisque la face 2, d'une quinzaine de minutes comportait deux morceaux enregistré avec le fameux quartet, "Welcome" et "Vigil", qui semblaient à des milliers d'années-lumière du déchaînement free de la face 1. Ce disque n'est jamais sorti tel quel en CD. On commencera par lui adjoindre deux morceaux supplémentaires d'une autre session, pour équilibrer ("Selflessness" et "Dusk Dawn"), puis finalement, l'album disparaîtra du catalogue pour être éclaté sur deux autres disques, "The Major Works of John Coltrane" pour la face 1 et "Transition" pour la face 2.

C'est donc cette face 1 qui m'intéresse aujourd'hui. On y trouve, en plus du quartet, Pharoah Sanders évidemment, ainsi que Donald Garett à la clarinette basse (pour la petite histoire, il s'agit de la clarinette basse d'Eric Dolphy, que les parents de celui-ci ont offert à Coltrane après la mort de leur fils), Frank Butler comme deuxième batteur, et surtout Juno Lewis au chant et aux percussions. C'est lui, Lewis, le compositeur de ce morceau, poème dédié à ses "deux mère" : sa mère biologique et sa mère la Terre. Sa psalmodie rend ce morceau étrange, obsédant, trippant, unique dans la discographie de Coltrane.

Kulu Se Mama (sur deezer)

dimanche 4 octobre 2009

Tiers monde underground


Il est des chefs-d'oeuvre qui restent malheureusement cachés. C'est le cas de celui-ci, qui est quasiment inconnu, même des amateurs éclairés de ses protagonistes : Dollar Brand , Carlos Ward et Don Cherry.
Pour le trouver référencé, il faut tomber sur une discographie très pointue de Dollar Brand. Rien que pour en trouver une image sur le web c'est difficile, comme en témoigne la pauvre qualité ce cette photo.

Les circonstances de cet enregistrement sont vaguement connues : apparemment Brand et Ward, qui jouaient ensemble depuis quelques temps, sont tombés sur Don Cherry à Copenhague et ont enregistré cette session en public : deux longs morceaux, en fait deux medleys de titres de Brand, bien que le premier soit intitulé "Don's Song".
Pas de bassiste, ni de batteur. Quand Cherry joue de la trompette, Ward fait les percussions, et inversement quand Ward est au saxo.

Ce qui rend ce disque fabuleux, c'est le côté hypnotique de la musique, dû principalement aux motifs rythmiques répétés au piano. L'ensemble est franchement trippant et cet extrait (le début du premier morceau, "Don's Song") vous en convaincra sûrement :

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dimanche 27 septembre 2009

Voyage dans l'espace - 3ème étape

Pour cette troisième étape à la découverte de Sun Ra, vous pouvez choisir n'importe quel album des années 60, ils sont tous d'écoute relativement accessible. Avec une précaution cependant : assurez vous que Sun Ra joue du piano sur l'album. Sinon, ça signifie qu'il se cantonne à l'orgue, et là... c'est beaucoup plus rugueux ! En ce qui me concerne, je déteste l'orgue dans le jazz et, même si le jeu de Sun Ra est rien moins qu'académique, j'ai beaucoup de mal à accrocher, le préférant au moog, mais pour ça, il faut attendre les années 70.
Pour cette approche du Sun Ra des années 60, un disque s'impose pour commencer : "The futuristic sounds of Sun Ra". Sun Ra s'en tient au piano, Gilmore joue de la clarinette basse en plus du ténor, on entend parfois Marshall Allen à la flûte et, surtout, une variété d'instruments à percussion, qui donnent à l'ensemble une connotation world très agréable. Quelque chose à mi-chemin entre Mingus et le Pharoah Sanders des années 70.
Je mets en écoute le morceau le moins accessible, "The beginning". C'est un test ! Si celui-là vous plaît, alors vous vous régalerez de l'album entier et vous serez prêts à explorer le Sun Ra des années 60 : "Cosmic tones for mental therapy", "Secrets of the sun", "Art forms of dimension tomorrow" et autres "Nothing is".

dimanche 20 septembre 2009

L'ivre d'images sur son nuage

Quand j'ai appris la terrible nouvelle, le décès de François Roudot, alias Roudodoudourou, une chape de tristesse s'est abattue sur moi. Presque un mois s'est écoulé et cette tristesse est toujours là. Aussi, au moment de lui rendre hommage au sein du Z-Band, de lui choisir un disque pour l'au-delà, la musique qui me venait à l'esprit n'était pas du jazz, musique rarement mélancolique, mais plutôt du classique, ou bien les ballades déchirantes de Nick Drake.
Et puis, je me suis souvenu d'une voix charriant des torrents d'émotion : celle de Billie Holiday.
Quand le Z-Band préparait son rendez-vous trimestriel sur les voix féminines, François râlait (gentiment, comme à son habitude) parce-que j'avais choisi Jeanne Lee avant lui, et se demandait s'il n'allait pas choisir "Billie Holiday, carrément !". Je lui avais alors répondu que j'adorerais lire sa prose, magnifiquement lyrique, sur la grande Billie.
C'est donc moi qui vais devoir m'y coller, mais je resterais humble, car je suis loin d'avoir le talent de François. Je crois bien, d'ailleurs, que je vais laisser Billie parler... carrément !

Une petite explication, quand même sur le choix d'un disque, "Lady in Satin" dont les arrangements sont d'une platitude absolue, sirupeux à souhait. Tout simplement : avec un tel accompagnement, la voix de Billie est comme un diamant qui se détache d'une gangue de fange, on n'entend qu'elle et on oublie tout le reste. Rappelez-vous, l'effet était le même avec le "Wonderful World" de Louis Armstrong, avec Dinah Washington ("It's Magic") et aussi avec "Charlie Parker with strings", tous ces enregistrements qui ont fait hurler les puristes, mais qui ont fait apprécier ces sublimes voix au plus grand nombre, et qui restent encore très écoutés aujourd'hui.

Cher François, ce n'est pas un disque que je voudrais t'envoyer, sur ton nuage. C'est cent, mille, et plus encore. N'oublions pas que, comme le dit si bien Woody Allen, "l'éternité c'est long, surtout vers la fin !", et il ne sera pas dit que j'ai laissé partir un ami sans au moins un disque de Monk ! En voici un qui me plait particulièrement : "Thelonious alone in San Francisco", qui présente... comment dire ? Monk tout seul à San Francisco, quoi !
Le morceau extrait ci-dessous a la particularité de n'avoir jamais été rejoué ensuite par Monk. Il est juste pour toi...

 Thelonious Monk



D'autres membres du Z-Band rendent hommage à François Roudot.
Allez donc faire un tour sur :
Ptilou's blog
Jazzques
JazzOcentre
Jazz à Paris
Jazz Frisson
Belette & Jazz
Maître Chronique
Z et le Jazz
The Backstabber

dimanche 6 septembre 2009

Caravan (6)

Juste pour le plaisir de rendre cette série parfaitement symétrique, je termine par un guitariste, Les Paul, dont l'apport à la guitare est énorme sur le plan technique mais, malheureusement, très faible sur le plan artistique. Ce morceau, en tout cas, est superbe :

samedi 5 septembre 2009

Caravan (5)



Randy Weston est un autre africain inspiré par Duke et surtout par Monk. Lui aussi, comme Abdullah Ibrahim a souvent rendu hommage à ses deux principaux inspirateurs et, comme lui, il sait rendre neuf un thème usé jusqu'à la corde. La preuve : Bon, pas de chance, le lien jiwa ne fonctionne plus

En l'absence de Caravan, voici un autre morceau qui lui doit beaucoup :


mercredi 2 septembre 2009

Caravan (4)


Quant à Art Blakey, il a enregistré en 1962 un album intitulé "Caravan", qui démarre sur ce morceau.
Inutile de dire que le reste du disque est tout aussi enthousiasmant. Il suffira de préciser les noms des Jazz Messengers de l'époque : Curtis Fuller, Freddie Hubbard, Wayne Shorter, Cedar Walton, Reggie Workman !

mardi 1 septembre 2009

Caravan (3)

Et puis bien sûr, il y a Monk, qui a joué "Caravan" sur le superbe album "Thelonious Monk plays Duke Ellington" (1955), et aussi en concert à Berlin en 1969, comme on peut le voir sur cette vidéo. Comme toujours, quand il reprend les thèmes des autres, il en fait du Monk, c'est à dire ce qu'il y a de mieux au monde !

lundi 31 août 2009

Caravan (2)

Quand Abdullah Ibrahim, alias Dollar Brand, rend hommage à Duke Ellington, l'une de ses principales influences, il ne se contente pas de jouer les standards du Duke. Il les arrange à sa sauce, y incorpore ses autres influences (Monk, la musique des townships) et aussi ses propres compositions.

Sur ce superbe album de piano solo, "Ode to Duke Ellington", qui date de 1973, il commence par "Impressions on a caravan", et c'est un peu comme Matisse citant Delacroix : un miracle de beauté et de subtilité !
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dimanche 30 août 2009

Caravan (1)

Quand on est petit garçon et qu'on entend le mot "caravan", on pense tout de suite à ça :

Il faut un peu de temps et de culture supplémentaires pour avoir à l'esprit la même chose que Duke Ellington quand il a composé ce morceau (avec Juan Tizol et Irving Mills), c'est à dire ça :


Ce célébrissime thème évoque en effet le balancement lent des dromadaires, et c'est exactement le but recherché, ce qui n'est pas le cas dans le Bolero de Ravel, rappelons-le !
On a tous, quand on est amateur de jazz, différentes versions de ce standard en tête. Tout au long de la semaine, j'en mettrais quelques-unes, parmi mes préférées, en écoute.
La première qui me vienne spontanément à l'esprit et à l'oreille c'est la version de Wes Montgomery dans "Movin' Wes". Le moins que l'on puisse dire c'est qu'ici les dromadaires semblent plutôt en train de sprinter pour arriver le premier à l'oasis. Jugez-en :

mercredi 26 août 2009

François Roudot. Adieu l'artiste !


Dieu n'existe pas...
... sinon François Roudot serait encore parmi nous et continuerait à nous éblouir par sa culture, son humour et ses merveilleux dessins sur son "L'ivre d'image".
En hommage attristé, je mets en lien l'une des premières pages de son blog qui me l'ait fait apprécier et d'où est tiré le superbe croquis ci-dessus : la chronique, en dessin d'un concert de Steve Coleman.
Dieu n'existe pas, non...
... ou alors c'est un con !

dimanche 23 août 2009

Ah, ah, ah oui vraiment...

... Albert Roussel est épatant !

Vous avez peut-être remarqué, quand je veux parler d'une musique sublime, il faut toujours que je fasse le con pour compenser. La musique d'Albert Roussel est tellement belle que cette note a de forte chance de dépasser les limites que j'essaye de m'impartir.

Contrairement à Jean Cras, dont j'ai déjà parlé, qui était un marin compositeur, Albert Roussel était un compositeur marin.
Euh... je ne suis pas sûr d'avoir été bien clair. Je m'explique !
Jean Cras a navigué toute sa vie, et a composé en même temps, donc loin de Paris. Albert Roussel, lui, a quitté la marine pour composer, ce qui explique sa relative notoriété. Un jour, il a rendu la pelle, le seau et le pompon rouge (j'exagère, il était officier !), il a vidé le sable de ses oreilles et s'est mis à étudier le contrepoint (une mesure à l'endroit, une mesure à l'envers...).
Oui, oui, le contrepoint ! Autant dire qu'il n'est pas un dynamiteur de formes comme Debussy. Mais il possède une sensibilité qui l'en rapproche. En gros, si Debussy avait écrit des symphonies (loin de lui cette idée !), elles auraient probablement sonné comme celle d'Albert Roussel.
Jugez-en par vous-même avec ce qui suit (1ère symphonie) :


Mais ce n'est pas par ses symphonies, aussi belles soient-elles que j'ai découvert Albert Roussel.
C'est par là, flûte !
Pardon !
C'est par la flûte... traversière, pour laquelle il a écrit de merveilleuses pages de musique de chambre : sérénade pour flûte, violon, alto, violoncelle et harpe (1925), trio pour flûte, alto et violoncelle (1929), et cet "Elpenor" pour flûte et quatuor à cordes (1937, soit l'année de sa mort), ce dernier étant un poème radiophonique (à cette époque, "poème" et "radio" n'étaient pas si antithétiques) :


Une petite photo pour terminer ?


Oups ! Mon doigt a glissé.
Je sais, c'est intolérable ! Je demande pardon à tous les amateurs d'Albert Roussel. Voilà sa vraie trombine :



Allez, bon vent ! Et, promis, si un jour je parle d'Annie Cordy, je serai sérieux comme un pape !

dimanche 28 juin 2009

Oh, et puis kraut !


Pour ma dernière note avant de prendre des vacances bien méritées et me sevrer d'internet, j'ai choisi de vous parler de Popol.
Je sais, vous vous dites :"ça y est, on est en train de le perdre !"
Que voulez vous, il est difficile de trouver une accroche sérieuse pour parler d'un artiste qui s'appelle Fricke, dont le nom de groupe est Popol Vuh, et qui joue du krautrock !

Pour commencer, "Popol Vuh" n'est pas, comme on pourrait le croire, un code de la police allemande pour dire "j'ai repéré un exhibitionniste". Il s'agit du nom du livre sacré des mayas. Ah ! ça a plus de gueule, tout d'un coup, non ?
Poursuivons... "Fricke" ne se prononce pas "fric" mais "friqueu". Aïe, je me rend compte en l'écrivant que ça nous rapproche de popaul... passons !
Quant au terme "krautrock", il signifie "rock choucroute" mais, rappelons nous que les termes "jazz", "funk", "punk", sont aussi des appellations très péjoratives à l'origine.

Parlons donc un peu de popol Vuh, dont le leader est le mystique Florian Fricke ! A vrai dire, j'envie ceux qui ne le connaissent pas encore et qui vont le découvrir. Pour moi, ce groupe, comme beaucoup d'autres groupes de krautrock, enfonce tout le progrock anglo-saxon. Et je vous dis ça, moi qui adore Soft Machine, Henry Cow, Hatfield and the North, et autres King Crimson ! Pour commencer, les groupes de kraut avaient à leur disposition les meilleurs ingénieurs du son de l'époque (qui travaillaient avec Stockhaüsen !), alors que le rock anglais donne l'impression d'avoir été enregistré avec un micro placé dans un seau d'eau. Le son des disques de Popol Vuh est extraordinaire et contribue au fait que leur musique n'ait pas pris une ride.














Le style, maintenant. Premier disque en 1970, "Affenstunde" (l'heure des singes) est un mix de musique cosmique et tribale, unique en son genre à ma connaissance. Ensuite, "In den Gärten Pharaos" est un grand trip psychédélique et un sommet du genre. Les disques suivants relèvent tous de l'ambient, mais une espèce de contraire de la dark ambient, une bright ambient, en quelque sorte. Même lorsqu'ils enregistrent la bande son du Nosferatu de Werner Herzog (qui les a embauché sur la plupart de ses films), ils font une musique éthérée et lumineuse. Il y a fort à parier que, si Ridley Scott avait fait appel à eux plutôt qu'a Vangelis pour "Blade Runner", le film n'aurait pas pris le même coup de vieux !

Pour terminer, deux superbes exemples : "Ah !", tiré de "Hosianna Mentra", l'un des disques les plus poétiques que je connaisse, et "Morgengruss II", qui a notamment servi pour la bande son de "Aguirre".

dimanche 21 juin 2009

A choeur et à voix : Jeanne Lee

Le Z-Band se regroupe, encore une fois, pour parler des voix du jazz, et j'ai choisi d'évoquer la grande Jeanne Lee.


Il y a très peu de chanteuses de jazz qui m'intéressent ; trois, en fait, chacune menant à la suivante de façon naturelle : Billie Holiday, Abbey Lincoln, Jeanne Lee.
Billie va directement au coeur, à l'âme et aux tripes : elle n'est pas seulement émouvante, elle est bouleversante.
Abbey Lincoln, c'est le passage au jazz moderne, revendicatif, fortement politique et débarrassé de l'obligation de plaire au plus grand nombre.

Voyons comment Jeanne lie ces deux artistes à son propre art :

" La personne qui m'a laissé la plus grande impression, par sa façon de vivre, autant que par la manière dont elle utilisait sa voix est Abbey Lincoln. Pour la crédibilité de son art, et sa propre réalité, et pas tant que ça comme un 'style'. C'était comme utiliser l'énergie comme une peinture. Billie Holiday aussi, mais elle vient d'une autre ère. Billie possède la même sorte de chose, musicalement, mais Abbey fait progresser cette sorte de compréhension. Abbey est plus humaine, ce n'est pas juste une femme qui est victime de son rôle. Cette femme a rendu possible pour moi d'avoir foi en le fait que je suis une poète et que je n'avais pas à chanter des standards pour être une chanteuse de jazz. Je pouvais trouver une voie en transcrivant ma propre perception en termes musicaux."

Et il faut bien se rendre à l'évidence , Jeanne Lee est la seule et unique virtuose de son instrument : sa propre voix. Elle passe délicatement l'archet sur ses cordes vocales, et vibre de toute son âme. En fait, ce n'est finalement pas du jazz vocal mais bien instrumental ; le chant de Jeanne étant plus proche d'un solo de saxophoniste que de celui d'une banale chanteuse de jazz. Il ne s'agit pas de scat vocal, qui n'est somme toute qu'une imitation de l'instrument par la voix, mais bien d'un instrument à part entière.
Des spécialistes se sont penchés sur sa technique, ou plutôt ses techniques , de chant. Certains ont dit son style influencé par celui de la chanteuse péruvienne Yma Sumac, dont la formidable voix couvrait 4 octaves et demi. Mais il n'est pas nécessaire d'être musicologue pour l'apprécier, il suffit de se laisser porter par la beauté de l'improvisation, sans chercher à comprendre le sens des paroles.
Une chose est sûre : Jeanne lit, et écrit ! Elle prend souvent comme point de départ de son improvisation un poème dont elle triture le sens, les sons, le rythme. Et ce qu'elle en fait est unique dans le jazz. Voici un poème de son invention, tiré de "Conspiracy" :
"THE MIRACLE IS"
The miracle is... that the layers continue
to be stripped away each time uncov'ring
a center more brilliant and revealing
than the one before.
Amazing... that this should be the way
our love our knowledge and our lives
keep
unfolding
together
leaving us constantly renewed.
Knowing you exist anywhere in this universe
makes my world that much larger
and that much more filled
with light.

Bon , c'est bien joli tout ça, mais où trouver des disques de Jeanne Lee ? Eh bien... il y en a peu ! Sous son nom, à vrai dire, il n'y en a que deux : "Conspiracy" en 1974 et "Natural affinities" en 1992. Il faut dire que la dame est tout aussi intéressée par la poésie et la chorégraphie que par la musique, et on la trouve surtout sur les disques des autres. Avec Ran Blake, avec qui elle a commencé en 1961 ("The newest sound around", un disque qui fit grande impression), Mal Waldron, et surtout Gunther Hampel, son mari. On la trouve aussi chez Braxton, chez Roland Kirk, Cecil Taylor...
Trois grands chef-d'oeuvre du free jazz n'auraient pas été ce qu'ils sont sans sa présence : "Escalator over the hill", l'opéra-jazz de Carla Bley, "Afternoon of a Georgia faun" de Marion Brown et, mon favori , "Blasé" d'archie Shepp.


Un extrait de "Blasé", pour donner envie : "There is a balm in Gilead"".


Au menu de cette édition du Z-Band :

Jazz Frisson
: Karen Young
Jazz à Paris : Jazz Divas
Jazz O Centre : Patricia Barber
L’Ivre d’Images : Anthony Joseph and the spasm band
Maître Chronique : Kurt Elling
Belette & Jazz : Petra Magoni (musica nuda)
Ptilou’s blog : Elizabeth Kontomanou

dimanche 14 juin 2009

Côte ouest, mais pas West Coast !


Quand je vois que l'on range le Chico Hamilton Quintet dans la catégorie West-Coast, sous prétexte qu'il était basé à Los-Angeles, ça m'énerve !
Pour moi, le West-Coast, c'est un jazz d'imitateurs blancs, tout dans la pose romantique du jazzman torturé, jouant des ballades déchirantes dans un bar enfumé.
C'est au jazz ce que Bernard-Henri Levy est à la philosophie : enlevé le col de chemise blanc, il ne reste rien !
Le West-Coast, c'est du jazz qui n'évolue pas, qui n'invente pas ; du jazz momifié, mais une momie bien propre, avec les bandelettes bien blanches et bien parallèles.

La musique de Chico a beaucoup évolué au cours des années, et si l'on veut cataloguer ce premier disque, "Spectacular", enregistré en 1955, il faudrait plutôt le rapprocher du Third Stream, mélange de classique et de jazz. On trouve d'ailleurs sur ce disque un violoncelliste, Fred Katz, et le superbe multi-instrumentiste Buddy Collette (qui fut le professeur de Mingus), à la flûte traversière, dont il joue d'une façon très "musique classique". A la guitare : non moins que Jim Hall.

Chico a toujours eu dans son quintet un multi-instrumentiste jouant de la flûte et un guitariste ; c'est avec lui qu'ont débuté Eric Dolphy, Charles Lloyd, Gabor Szabo, Larry Coryell, j'en passe, mais des moins bons !

Les disques de Chico Hamilton sont toujours à découvrir, ils sont réédités au compte-goutte. Le fait qu'il soit si difficile de trouver ses albums avec Eric Dolphy, par exemple, me laisse songeur.

En attendant, celui-ci est un classique, alors ne boudons pas notre plaisir. Ecoutons ce que le vent nous apporte : "The Wind" :

dimanche 7 juin 2009

Capitaine "Coeur de boeuf"

J'ai pas trop le temps aujourd'hui ! Voici, en tout cas, ce que je suis en train d'écouter en ce moment : "Mirror Man" de Captain Beefheart. Une musique trippante et roots à la fois, que l'on pourrait qualifier, en doutant d'être compris, de krautblues !

dimanche 31 mai 2009

Voyage dans l'espace - 2ème étape

Pour comprendre où va Sun Ra, il peut être utile de savoir d'où il vient.
Les albums des années 50, ses premiers, en donnent un bon aperçu ; tout à fait accessible, mais déjà bizarre. On s'aperçoit de l'influence de Duke Ellington, couplée avec celle des étranges compositions de Herbie Nichols. Par moment, on croirait entendre un Mingus avant l'heure.


Un exemple ? "Angels & Demons at play", composé de deux sessions séparées de 4 ans : 1956 et 1960. On y trouve déjà John Gilmore et Marshall Allen ; on peut entendre ce dernier à la flûte sur le morceau en écoute : "Tiny Pyramids". Quant à Sun Ra, il alterne entre piano et orgue, et on sent qu'il a déjà entamé son voyage dans l'espace.
A suivre...

dimanche 24 mai 2009

Voyage dans l'espace - 1ère étape

Pour qui veut entrer dans le monde fantastique de Sun Ra, il est un écueil, et non des moindres : trouver la bonne porte ! Ouvrez une porte au hasard, et vous vous retrouvez en un enfer dont les oreilles non éduquées ne se remettent pas. Le terme "space" a été inventé pour lui, tant sa musique est étrange, irritante, velue, touffue. C'est le Douanier Rousseau revisité par Dali et par Bacon.
Je n'ai pas la prétention de connaître la porte idéale. De plus, cela ne suffit pas. Il faut ensuite sauter de porte en porte, s'enfoncer dans l'étrange par paliers, un pas après l'autre, "surtout, ne regarde pas en bas !", pour arriver au coeur de l'infini, où tout est musique, où ce qui vous avait semblé une horrible cacophonie devient, au minimum, audible.

"Lanquidity" (1978), me semble une porte sûre. Il s'agit d'une incursion de Sun Ra dans le funk. Du funk, donc accessible ! Oui, mais du funk à la Sun Ra, tout de même. C'est-à-dire que ça ne ressemble à rien de ce qui se faisait à l'époque dans le domaine de la fusion funk-jazz. Ce disque ridiculise tous les exemples du même genre par sa hauteur de vue. Vous y trouverez un premier morceau qui fait un peu penser à Mingus, suivi de trois morceaux avec un groove tranquille, dont "That's how I feel", que j'ai mis en écoute, et pour terminer, un morceau "space", mais qui reste accessible, pour commencer à se familiariser avec un Sun Ra plus habituel : "There are other worlds". Pour terminer, précisons que le terme "lanquidity" est fabriqué à partir de liquidity et de lanquid, qui signifie "alangui", et qu'il traduit bien l'atmosphère de cet album.
A suivre, pour les autres paliers... Attention, ne brûlez pas les étapes !

dimanche 17 mai 2009

Brazil (6)

Une version piano et... banjo ! pour terminer : Chick Corea et Bela Fleck.

jeudi 14 mai 2009

Brazil (5)

C'est bien joli, mais toutes ces versions de "Brazil" se ressemblent un peu trop, non ?
Ecoutons donc, pour voir, cette version de Yusef Lateef, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ne fait pas tout comme tout le monde ! ("Yusef at Cranbook" en 1958)

mercredi 13 mai 2009

Brazil (4)

Encore une version de guitariste ?
Grant Green dans "The Latin Bit", en 1962 :

mardi 12 mai 2009

Brazil (3)


Django Reinhardt a été parmi les premiers jazzmen a reprendre "Brazil", peu après la sortie du film de Disney en France. Il l'a enregistrée plusieurs fois. Il faut dire que ce titre est un régal pour les guitaristes.

lundi 11 mai 2009

Brazil (2)


Composée en 1939 par Aracy Cortes, "Brazil", d'abord intitulée "Aquarela do Brasil", ne devint mondialement célèbre qu'en 1942, avec le dessin animé de Walt Disney, "Saludos Amigos".

dimanche 10 mai 2009

Brazil (1)


Je commence aujourd'hui une série de courtes notes sur ces morceaux, anciens ou récents, que tout le monde aime à reprendre et à fredonner, et que l'on peut regrouper sous le nom générique de "standards".

Mon premier choix fut d'abord relativement peu connu, ou du moins oublié, jusqu'à ce qu'il soit utilisé ,en 1985, dans le film qui porte son nom : "Brazil", de Terry Gilliam, l'un de mes films préférés.

Commençons donc par la version du film, enregistrée par Geoff Muldaur, guitariste de la scène folk américaine des années 60, principalement connu pour son arrangement de ce morceau, sélectionné au coeur de la meule.
Allez, cours Muldaur, parce que, si j't'attrape...

dimanche 3 mai 2009

Tu veux du camembert ?

Je fais partie de ceux qui trouvent Christian Vander mortellement sérieux et la musique de Magma trop souvent sinistre. Je lui préfère Daevid Allen, transfuge de Soft Machine venu s'installer en France, et son groupe Gong, communauté hippie farfelue, bref : tout le contraire de Magma dont les musiciens marchaient à la schlague.
Avouez qu'il faut oser appeler un disque "Camembert électrique", théière volante ("flying teapot"), ou encore l'oeuf de l'ange "Angel's egg" ! Après tout, un ange c'est de la volaille, et la volaille, ça pond des oeufs !

La musique de Gong est un grand foutoir génial, dont voici un aperçu :

mardi 28 avril 2009

Un nouveau coup de soleil

Encore un extrait de "New Steps", pour l'influence ellingtonienne.
Là où il n'y a pas de soleil, il y a quand même Sun Ra !

samedi 25 avril 2009

Dans l'ombre du soleil


Il est des artistes de talent qui se satisfont de rester dans l'ombre d'un génie, y trouvant tout ce qu'ils cherchent pour s'épanouir. Charlie Rouse, avec Monk, en est l'un des exemples les plus connus.
Ce qui est plus étonnant, c'est quand l'artiste en question est plus que talentueux. Quand tout le monde sent qu'il a un énorme potentiel et pourrait jouer un rôle plus important. C'est ainsi qu'à la surprise générale, John Gilmore, saxophoniste de l'étoffe des Coltrane, Rollins ou Kirk, a préféré faire toute sa carrière dans l'Arkestra de Sun Ra. Certes, en écoutant Sun Ra, on profite des solos de Gimore, mais le moins que l'on puisse dire est que, dans le foisonnement du collectif, il reste plutôt anonyme !

Pour preuve, cette courte et rare vidéo, où on ne le voit même pas :



Heureusement, en 1978, Sun Ra a tourné en quartet, le temps d'enregistrer quelques disques qui mettent en lumière son saxophoniste fétiche, en compagnie du trompettiste Michael Ray et du batteur Luqman Ali.

Parmi ces quelques rares albums, "New Steps" est une pure merveille. Il commence par une superbe version de "My favorite things" (en écoute plus bas), très différente de celles de Trane. On enchaîne sur un morceau où Ra utilise le synthé (le seul de l'album), pour nous emmener là où il se sent le mieux : dans l'espace ("Moon People"). Le reste est tout aussi formidable, qui permet d'apprécier les talents de pianiste de Sun Ra dans un cadre plus intimiste que celui de l'Arkestra et de mesurer ce qu'il doit à Duke Ellington.
En bref, c'est là un disque que l'on peut recommander à ceux qui adorent Sun Ra comme à ceux qui le détestent, non sans une certaine pointe de cruauté, tant il reste difficile à trouver !





dimanche 19 avril 2009

Allez, c'est pas si grave !


Si, comme moi, vous êtes fascinés par la voix grave de Nico sur l'album "à la banane" du Velvet Underground, alors vous devez absolument connaître ses albums en solo, produits pour la plupart par John Cale.
Le premier, "Chelsea Girl"(1967) est le plus accessible et, sans doute, le plus beau. C'est une perle de folk sombre qui a influencé énormément d'artistes, et non des moindres, à commencer par Leonard Cohen, et probablement aussi Nick Drake.
En voici un extrait, à tomber par terre :

Pour savourer les autres albums, il faut s'accrocher un peu plus, mais ils en valent la peine. A tous points de vue, Nico est un cadeau !

mardi 14 avril 2009

J'ai été attaqué par des belettes...



... du coup, j'ai pas trop eu le temps de broder, alors voilà :

C'est du Zappa post "Uncle Meat", toujours avec les Mothers mais dérivant franchement vers le jazz, avec la quitare de Frank de plus en plus présente... ma période favorite de Zappa (de 69 à 72).

dimanche 5 avril 2009

dimanche 29 mars 2009

Remettons ça, Annette !
















Des expérimentations de Paul Bley avec Annette Peacock, il reste heureusement quelques traces en concert, datant de l'année 71. Avec un peu de chance, on peut donc trouver "Dual Unity", qui relève plus du krautrock que du free jazz, ou alors, plutôt du jazz frit ! Ou encore "Improvisie", qui s'apparente à de l'ambient. Tout cela fait beaucoup penser aux premiers disques de Faust ou de Kraftwerk.
Un exemple ? Accrochez-vous, nous traversons une zone de turbulences, voici "Gargantuan encounter", tiré de "Dual Unity" :

dimanche 22 mars 2009

Paul Bley et ses muses



Quelque part à mi-chemin entre Keith Jarrett et Cecil Taylor, et peut-être oscillant entre les deux, se trouve un pianiste magnifique qui peut satisfaire ceux qui sont fatigués de l'exhibitionnisme de l'un et effrayés par la radicalité de l'autre. Je veux parler de Paul Bley.
Avant tout, Paul Bley est un instrumentiste virtuose. A cinq ans, il est déjà un prodige du violon, à huit ans il commence le piano et entre au McGill Conservatorium de Montreal, à onze ans il obtient son diplôme. A 23 ans (en 1953), après avoir joué à la télévision canadienne avec Charlie Parker himself, il enregistre son premier disque en trio avec rien de moins que Charles Mingus et Art Blakey ! C'est lui qui mettra le pied à l'étrier à Ornette Coleman, en l'engageant avec Don Cherry, Charlie Haden et Billy Higgins en 1958, au Hillcrest Club de Los-Angeles.
Pour ce qui est de la composition, Paul Bley s'en remet à ses femmes, Carla Bley pour commencer, puis Annette Peacock, toutes deux formidables créatrices et innovatrices. Voici un bel exemple composé par Carla : "Ida Lupino", morceau tiré de l'album en solo "Open to Love" (1972), qui a, très certainement, fortement influencé Jarrett :
Pour se faire une idée de l'originalité d'Annette Peacock, bien moins célèbre que Carla, il faut s'écouter cet album incroyable et malheureusement difficile à trouver : "The Synthetiser show" (1970). Cet album est ni plus ni moins qu'un cas extrèmement rare de krautjazz. Il faut dire qu'Annette Peacock est une pionnière de la musique électronique, l'une des premières à avoir utilisé un orgue Moog et à avoir trituré électroniquement sa voix. En voici un extrait :
En dix ans de mariage, pour Carla Bley (1957-1967) et cinq ans, pour Annette Peacock (1967-1972), ces deux femmes auront eu une profonde influence sur la musique de Paul Bley. Dans chacun de ses disques on trouve une bonne proportion, si ce n'est la totalité de morceaux composés par ses deux muses.
J'ai déjà parlé, dans ce blog de Carla, il faut maintenant que je fouille un peu pour préparer une prochaine note sur Annette. A suivre donc...

Terminons par une vidéo, période Starsky & Hutch, pour faire un peu plus le tour du bonhomme :

dimanche 15 mars 2009

Cordes & âmes : Nuances d'Hongrie

Le Z-Band, collectif de blogueurs passionnés de jazz, se réunit à nouveau aujourd'hui sur le thème des guitaristes, et je n'ai pas pu faire autrement que de parler encore une fois de ma passion pour Gabor Szabo.

Le premier guitariste qui m'ait marqué est Manitas De Plata, dont mes parents avaient un disque. C'est un virtuose gitan qui a eu son heure de gloire et dont le surnom signifie ''mains d'argent''. Ce qui m'a fasciné dans sa musique, outre la virtuosité, c'est le côté trippant, cette espèce d'urgence qui vous fait décoller et respirer plus vite. Ecoutez-moi ça, et vous allez comprendre :

Plus tard, bien sûr, j'ai écouté Django Rheinhardt. Mais, malgré toute mon admiration pour lui, je n'ai jamais pu vraiment prendre plaisir à écouter cette musique, le swing (en pleine période bop, en plus !). Django en trio, ça me va. Quand Grappelli arrive, déjà je tique un peu (trop de pathos !), mais si une clarinette se pointe, alors là non, je fuis !
Il aura fallu un moment avant que je pense avoir trouvé le guitariste qui me convient le mieux : Wes Montgomery et son merveilleux jeu de pouce et, surtout, ce son de guitare que j'adore. En plus de cela, Wes avait su ne pas se cantonner au strict jazz.
Pour moi, la guitare jazz, c'est rapidement soporifique. Pour que ça m'intéresse, il faut que le guitariste s'encanaille dans le r'n'b, la pop, le rock ou la world music. Prenez Metheny, en voilà un qui a tout compris, il sait satisfaire les puristes avec de magnifiques albums que l'on écoute une fois l'an, admiratif, et aussi un public plus large avec le Pat Metheny Group, au sein duquel, visiblement, il s'éclate, et nous aussi ! Tout guitariste de jazz devrait se permettre, au moins de temps en temps, des écarts de ce genre. Et quelqu'un devrait souffler l'idée à Pat Martino, dont on dit qu'il est un guitariste pour guitaristes. C'est peut-être parce que je ne suis pas guitariste que je n'arrive pas à écouter l'un de ses disques jusqu'au bout (à part, éventuellement, le premier).

Pendant longtemps donc, ce fut Wes, Wes et encore Wes et, au moins autant : Santana. C'est en lisant une bio de ce dernier que je suis tombé sur cette information surprenante et capitale : la principale influence revendiquée par Santana est un guitariste d'origine hongroise au nom improbable de Gabor Szabo. A l'époque, le seul album de Gabor Szabo que j'ai pu trouver était "The sorcerer" (1967) et, à son écoute, j'ai pris l'une des plus grandes claques de ma vie de mélomane, une claque dont j'ai encore les marques, qui ne sont pas prêtes de s'effacer. J'avais trouvé mon guitariste idéal : le mélange parfait entre le trip de Manitas de Plata et le jeu de Wes Montgomery, et comme référence première, bien sûr : Django !
Si c'est la période la plus jazz de Szabo qui vous intéresse, il faut aller le chercher chez Chico Hamilton, dans le quintet duquel il a joué de 1961 à 1966, en compagnie de Charles Lloyd. Certains albums du Chico de cette époque peuvent presque être considérés comme des albums de Szabo, tant il y est omniprésent. En voici un exemple, tiré de "El Chico" (1965) :

En 1966, Szabo, qui est ouvert à tout type de musique, tombé amoureux de Lennon et McCartney, ne cesse de harceler Hamilton pour qu'il mette à son répertoire des titres des Beatles. "Allez, sois chic, oh Chico !" lui dit-il, "laisse-moi jouer Yesterday". Tous les jours, c'est du "Chic, oh Chico" par ci, "Chic, oh Chico " par là. On peut supposer qu'un jour, excédé, Chico a mis le ton et lui a dit : "Moi vivant, jamais ! ", puisque c'est cette année-là que Gabor quitte Chico et sort son premier album, "Gypsy '66", qui s'ouvre sur... "Yesterday".
La liste est longue, des reprises des Beatles par Szabo, on en trouve sur presque chaque album. Vous en voulez un exemple ? Voici, peut-être le meilleur : "Lucy in the sky with diamonds" tiré de l'album "More sorcery" (1967), le seul qui me manque (sob !).

Mais Szabo ne reprend pas que les Beatles, vous trouverez aussi des reprises de Donovan, des Doors, de Joni Mitchell, de Bobby Womack ("Breezin'" a été composé par Womack, pour Szabo), des Four Tops etc... et, bien sûr, des thèmes traditionnels hongrois, mais aussi des expériences de raga indien ou des adaptations de thèmes classiques. Bref, la variété au sens noble du terme.
Pour ceux qui voudraient découvrir, chez Szabo tout est bon sauf deux albums calamiteux : "Sympatico", avec Gary McFarland, sur lequel, malheureusement... ils chantent, et "The Wind, the Sky & Diamonds", avec un horrible groupe de chanteurs californiens qui rendent l'ensemble quasi inécoutable.
Pour ce qui est du meilleur, maintenant, je recommande particulièrement "High contrast" (1971) qui démarre sur "Breezin'", pour ensuite ne jamais atterrir, et vous laisser dans un état avancé d'euphorie. Attention, ne pas écouter avant d'aller dormir !
Une fois pris, impossible de s'en passer. Pas une semaine sans que j'écoute au moins un disque de Gabor Szabo, et c'est le seul artiste de mon immense collection dont je puisse dire cela !
Pour terminer, vous voudriez peut-être le voir jouer ? Voici une superbe video tirée de la télévision hongroise, qui donne un bon aperçu de sa technique :

N'oubliez pas d'aller voir les autres contributions du Z-Band ! Au menu :

L’ivre d’image : ” Lionel Loueke “
Jazz Chronique & coup de coeur : ” Eric Lörher “
JazzOcentre : ” John Scofield “
Bladsurb : ” Manu Codjia “
Ptilou’s blog : ” Mike Stern ”
Maitre Chronique : ” John Mc Laughlin
Jipes mood : ” Charlie Hunter”
Jazz Frisson ” Kurt Rosenwinkel “
Jazz à Paris : ” Marc Ribot ”
Backstabber “Adam Rogers”

dimanche 8 mars 2009

Vous reprendrez bien un peu de daube ?

Les limites de la daube issue des rangs des ex hard-boppers sont, pour moi, atteintes lorsque leur musique cesse d'être purement instrumentale. Quand, par exemple, Bobbi Humphrey, superbe flûtiste, se met à chanter, c'est une catastrophe ! Pas seulement parce qu'elle chante comme une casserole sans manche, mais surtout parce que la voix, mise en avant, cache tout le talent qu'il y a derrière, chez les instrumentistes.
Sur cet ultime album de Blue Mitchell, ça va encore. Ce ne sont que des choeurs et ils ne sont, clairement pas, en avant ! Quant au principal titre, "Summer Soft", de Stevie Wonder, je n'y vois rien à redire. Il y a, à cette époque (1978), dejà plus de 10 ans que le jazz a commencé à mettre à son répertoire les perles de la pop, des Beatles, de Simon & Garfunkel, de Stevie Wonder, de Carole King etc.
Amusez-vous à tester vos limites sur ce titre. Quant à moi, je me régale en ce moment de Paul Bley, ce qui ne m'empêche pas de reprendre encore un petit peu de daube, surtout lorsqu'elle vient de l'un de mes trompettistes favoris.

Le Summer Soft de Blue Mitchell n'étant plus disponible, je vous mets ça à la place :

dimanche 1 mars 2009

Commercial ?...Peut-être, mais Grant !

La critique jazz a beaucoup reproché à certains artistes de Blue Note de s'écarter du hard bop et du soul jazz au début des années 70, et de mettre trop de r'n'b ou de pop dans leur mixture. Il est vrai que c'était pour eux un moyen de vendre plus de disques et d'arrondir leur fin de mois. Mais on passe sous silence le plaisir qu'ils ont pu avoir à jouer ces morceaux aux thèmes accrocheurs, que l'on aime toujours fredonner. N'oublions pas non plus qu'en jazz, le thème n'est pas l'essentiel, il n'est que le point de départ de l'improvisation et donc de la création.
Le disque "Visions" (1971), de Grant Green, a fait partie de cette production méprisée et, avec le recul, on se rend compte qu'il est très agréable à écouter. Il y a quelques années, j'aurais moi même rejeté un disque qui comporte dans sa liste de titres "Mozart's Symphony #40 in G minor" ! Mais après tout, ce n'est pas plus bête d'improviser à partir de ce thème qu'à partir de n'importe quel thème, tout aussi connu, de Gershwin, c'est juste moins courant.
Un petit aperçu video (sans images) de ce disque, que je recommande, bien qu'il soit pratiquement introuvable : le superbe "Maybe tomorrow".