mardi 30 décembre 2008

L'année finit mal ! (Sob tones...)


Il y a quelques temps, je disais (ici) que je serais bien attristé le jour où j'apprendrais la mort de Freddie Hubbard. Eh bien voilà, c'est aujourd'hui !
Et pour couronner le tout, j'ai le bras droit en attelle et je ne vais pas pouvoir taper, de la main gauche, le long texte que l'événement mérite !
En tout cas, un extrait musical s'impose : "First light", tiré de l'album, hautement recommandable, du même nom (1971). A passer à fond et en boucle à chaque fois qu'on vous fait l'éloge de Wynton Marsalis.


Découvrez Freddie Hubbard!

dimanche 21 décembre 2008

Bientôt Noël, on va crooner sous les cadeaux

Noël est l'époque bénie, c'est le cas de le dire, pour les crooners. Il faudrait avoir le coeur d'un serial killer ou d'un spéculateur boursier pour ne pas aimer cette musique, fédératrice au possible !
Voici donc une vidéo montrant Nat King Cole concentré, les bras croisés, avec la tête d'un journaliste économique attendant d'être à l'antenne pour annoncer que le prix du baril de brut est monté à 300 $, et dont la face s'illumine tout d'un coup lorsqu'il commence à chanter "The Christmas Song".
Joyeux Noël à tous !

dimanche 14 décembre 2008

Danse avec les aliens


En 1971, alors qu'on a l'impression qu'Ornette Coleman est dans une impasse et n'évolue plus, voilà qu'il passe en hyper-espace et fait un spectaculaire bond en avant avec l'album "Science-fiction".
Avec la cheville ouvrière de sa formation, l'indispensable rythmique constituée de Charlie Haden et Ed Blackwell ou Billy Higgins, il renouvelle complètement son langage. Cette musique sonne encore ultra moderne aujourd'hui, et elle a une pêche d'enfer. Ce disque est l'un des fleurons de sa discographie et se paye même le luxe d'y être unique. Peut-être est-ce dû à cette idée d'engager une chanteuse pop semblant venir tout droit d'Aldébaran.
Un bon exemple valant tous les discours, voici le morceau "Rock the clock", sur lequel vous entendrez Dewey Redman jouer du musette (non, ce n'est pas ce que vous pensez, c'est un instrument arabe à double anche, sonnant un peu comme une bombarde bretonne), Charlie Haden amplifier sa basse à l'aide d'une pédale wah-wah, et Ornette jouer du violon en non professionnel, statut qu'il a toujours revendiqué.

Découvrez Ornette Coleman!

samedi 6 décembre 2008

Chine Chine Cherry


En 1968, Don Cherry entre dans sa période world et commence une série de magnifiques enregistrements par une suite intitulée "Eternal Rhythm". Pour moi, c'est le passage du Cherry un peu austère au Cherry envoûtant et fascinant, et j'ai déjà parlé de deux de ses meilleurs disques de cette période : "Mu" et "Brown Rice". Aujourd'hui, je vais m'intéresser à une autre suite : "Relativity Suite", datant de 1973.
Après sa participation aux deux premiers disques du Jazz Composer's Orchestra, le collectif mené par Carla Bley et Michael Mantler, Cherry se voit confier par ces derniers la responsabilité de l'opus suivant, qui sortira sous son nom, et auquel participeront la plupart des membres de ce fameux orchestre. On trouve donc, dans cette Relativity Suite, notamment Carla Bley au piano, Leroy Jenkins au violon, Dewey Redman, Carlos Ward, Charles Brackeen, et Frank Lowe aux saxes, Paul Motian et Ed Blackwell aux batteries et percussions, Charlie Haden à la basse, et d'autres encore, au violoncelle, cor d'harmonie, tuba, ching (instrument chinois genre koto), et j'en passe... la liste est longue ! Personnellement j'adore ces orchestrations fouillis, avec une multitude d'instruments.
Quant aux compositions, elles varient admirablement les ambiances : indienne, africaine et même... chinoise ! Pourtant, si la musique indienne se marie bien au jazz, la musique chinoise en est aussi éloignée que le chant grégorien l'est... du reggae, par exemple.
Vous en jugerez, justement en écoutant le morceau "The Queen of Tung Ting Lake"(ce morceau est malheureusement indisponible), que je fais quand même suivre du meilleur morceau de l'album : "Mali Doussn' Gouni".

dimanche 30 novembre 2008

Caesarem legato barbieri alacrem eorum

Non, non, je n'ai pas viré latiniste distingué. Regardez mieux, c'est du latin de cuisine. Accrochez-vous, c'est parti pour une allégorie pâtissière échevelée, navrante et déplacée ! Mon sujet, vous l'avez deviné, bien qu'il soit subtilement dissimulé dans le titre, est Gato Barbieri, et plus particulièrement, l'évolution des gâteaux de Barbieri.
A ses débuts, il était surtout porté sur les biscuits salés, voire épicés, ceux qui vous arrachent la gueule et vous tirent des larmes. Vers le milieu des années 70, il a évolué vers le gâteau lourd, genre pudding. C'est l'entre deux qui m'intéresse aujourd'hui, ce subtil mélange de rhum et de crême qui vous laisse baba : deux disques sortis en 1973 où Barbieri incorpore délicatement la musique de la Cordillère des Andes à son free jazz. Je sais, je sais, vous vous dites "Oh non, pitié, pas la flûte de pan !"













Il est vrai que, si pendant quelques temps on a apprécié qu'El Condor passât, rapidement El Condor lassa, puis finalement El Condor fâcha. Et pourtant, est-ce la faute du berger bolivien ou péruvien si l'on peut maintenant se délecter de merveilles du genre "Les grands adagios de la musique classique à la flûte de pan" ? Il n'y sont pour rien, les pauvres, et Gato non plus !
Ces deux disques donc, "Bolivia" et "Chapter one : latin america" intègrent le folklore des hauts plateaux de la Cordillère des Andes avec infiniment de respect, et pour un résultat qui n'a rien à envier aux meilleures réussites de Pharoah sanders ou de Don Cherry dans le domaine de la World Music. Pour illustrer mon propos, voici un extrait de "Chapter one : Latin America" intitulé "Nunca mas", et une autre, tiré de "Bolivia", justement nommé... "Bolivia", sur lequel vous aurez en plus le plaisir de retrouver, entre autres, Lonnie Liston Smith aux claviers. A s'en lécher les doigts. Régalez-vous !

Découvrez Gato Barbieri!


Découvrez Gato Barbieri!

dimanche 23 novembre 2008

Me voyez-vous venir avec mes gros Szabo ?


J'ai récemment lu une critique de l'album "Dreams", sorti en 1968, de Gabor Szabo, ce qui me fait écrire cette note. L'auteur de cette critique trouvait l'album parfait à une exception près : il estimait que le jeu de Szabo n'était pas à la hauteur et fantasmait sur ce que ça aurait donné avec Larry Coryell à sa place !
Ce monsieur m'a l'air de n'écouter la musique qu'avec une partie très limitée de son corps, probablement une toute petite zone de l'un des hémisphères de son cerveau ; il est probable que ses oreilles ne soient même pas impliquées dans l'affaire !
Il aurait pu s'agir d'un banal disque de third stream, avec ses morceaux de Manuel De Falla, mixés avec des reprises pop (Donovan), tout cela combiné avec les arrangements de cordes et de vents très sophistiqués et subtils de Gary McFarland. Le jeu de Szabo sur ce disque est justement ce qui l'empêche d'être d'une platitude absolue.
Szabo n'est certes pas un virtuose, mais il transmet autant d'émotion en trois notes, serait-ce trois fois la même, que n'importe lequel de ses guitaristes pyrotechniques interchangeables du jazz rock en quinze portées. Vous êtes-vous demandé pourquoi il a autant influencé Carlos Santana ? En effet, qui peut reconnaître chez le virtuose latino-américain une once du style de ce non-virtuose américano-hongrois ? Si Santana lui-même ne l'avait pas proclamé, personne ne s'en serait rendu compte. Eh bien, selon moi, ce que Carlos a retenu de Gabor, c'est cette étrangeté de jeu qui, le rend unique et reconnaissable entre tous : cette impression qu'il joue légèrement désaccordé, ces vibratos envoûtants transmettant des impressions de bayou autant que de forêt des Carpathes et qui nous fait douter de l'instrument qu'il utilise.

Mille millions de mille szabords, une fois pour toutes, qu'on se le dise, Gabor Szabo est le plus grand guitariste de tous les temps !

On se calme et on s'écoute le premier morceau de l'album : "Galatea's guitar", une compo de Gabor. Le reste est du même métal, dont on fait les bijoux.

dimanche 16 novembre 2008

Le grand Callier à spirales

Une video pour se rappeler qu'il existe encore quelques grands chanteurs noirs qui font autre chose que du r'nb : Terry Callier, l'une des plus belle voix que je connaisse, et un style de musique qui n'appartient qu'à lui.

dimanche 9 novembre 2008

Bienvenue dans le ciel de l'Amérique

Plusieurs essais ont été faits pour mélanger le jazz et la musique classique. Dans la plupart des cas, ce mariage, bien loin d'additionner les forces de chacune des deux musiques, a plutôt donné naissance à un faible mutant. Le Third Stream, par exemple est bien souvent une musique soporifique et sophistiquée ne satisfaisant ni les adeptes du jazz, ni ceux du classique.
Il fallait s'appeler Ornette Coleman pour parvenir à composer une musique aussi exigente et enthousiasmante que celle de "Skies of America".
Basée sur un concept de son invention, l'harmolodie (les musiciens jouent simultanément la même mélodie à différentes hauteurs et dans différentes tonalités), cette oeuvre est unique en son genre.
Il s'agit de musique orchestrale avec des parties solo, jouées par Ornette lui-même, et non malheureusement, comme cela était prévu, d'une sorte de concerto grosso, à cause de ce %%&é!!@@@ de ##$$§!!! de syndicat des musiciens du London Symphony Orchestra qui a empêché Ornette de faire jouer son quartet en plus de l'orchestre. Je les imagine bien, dédaigneux : un musicien de jazz, cette musique de bas étage ! c'est déjà bien beau d'accepter de jouer cette musique de nègre, nous la crême de la crême des musiciens !
Eh oui, dommage !
Imaginez ce que cela aurait donné avec en plus Charlie Haden, Ed Blackwell et Don Cherry, ça aurait cassé la baraque, au bas mot !

lundi 3 novembre 2008

Henri complet

Alors que Soft Machine faisait du jazz avec les instruments du rock, Henri Texier fait du rock avec les instruments du jazz. Ce n'est pas pour autant du jazz-rock, et encore moins du jazz fusion. C'est unique et ça ne ressemble à rien d'autre : c'est du Texier.
La musique de Texier est envoûtante, voire trippante, elle doit autant à John Cale qu'à Ron Carter. L'autre jour, en concert au Vauban, je me suis retourné vers Arnaud pour lui dire : "c'est du krautjazz !", alors que lui, sur la même longueur d'onde me disait : "C'est du Can !".
20 ans, donc, que je connais Texier, et je ne l'avais jamais vu en concert ! Voilà qui est fait et qui m'a permis de découvrir un point qu'il n'a pas en commun avec Mingus : la gentillesse. Quand il parle, et avec quel humour ! de sa voix chaude et tendre, vous avez l'impression que c'est votre meilleur pote qui est là sur la scène et qu'il joue spécialement pour vous !
Il fait la même musique depuis des années et on ne s'en lasse pas. Il faut dire qu'il sait s'entourer le bougre, il pioche dans un vivier de musiciens nourris au free dont certains, comme Bojan Z, ont su prendre leur envol. Pour autant, les titres de sa composition sont toujours très mélodiques, ainsi que sa façon, unique, de jouer de la contrebasse ; dans de nombreux cas, c'est elle qui joue la mélodie, ou qui l'introduit, comme dans ce morceau, "Night Diary", tiré de "Colonel Skoppje", en 1988, le premier disque que j'ai acheté d'Henri Texier et l'un de mes premiers disques de "jazz".

lundi 27 octobre 2008

Un pianiste d'aujourd'hui, sans formol

Dans les années 90, le monde entier émerveillé...euh, non j'en fais trop là, le monde du jazz émerveillé... non, c'est encore trop, les amateurs de jazz mainstream pasteurisé émerveillés... là, ça le fait ; ces amputés des sens, et quelques-uns quand-même qui voyaient plus loin que le coin de leur oreille (pas facile ça!), découvraient, en même temps que James Carter, qui est à Coltrane, Sanders, Ayler ou Barbieri ce que le babybel ( rond, calibré, sans odeur et sans saveur) est au munster... découvraient donc Craig Taborn, un nouveau pianiste talentueux qu'on imaginait un peu faire une carrière à la Andrew Hill, c'est à dire un jazz intelligent mais sans dépasser la ligne blanche.
Grossière erreur ! Taborn ne faisait chez Carter que ce que son patron lui demandait de faire, et certes il le faisait suffisamment bien pour attirer l'attention, mais Taborn n'a rien d'un artiste mainstream, c'est même tout le contraire, et c'est pourquoi son nom n'est jamais vraiment arrivé sur le devant de la scène.
En fait, la raison pour laquelle Carter l'a engagé est principalement, selon Taborn lui-même, qu'il n'y avait pas tellement de pianistes de jazz de son age à Détroit, et il aura suffit à Carter d'entendre Taborn jouer du bebop en club pour l'intéresser. Pourtant, les références de Taborn sont tout autres que celles de Carter : Sun Ra, l'AACM, Braxton, Taylor, et un goût pour la musique rock de son époque (Hüsker Dü, The Replacements...), ainsi que pour la techno naissante qui le fascine. Voilà donc notre Craig qui, en plus de jouer du piano, se met au synthétizer Moog et à la musique électronique.
Après avoir quitté Carter, Craig Taborn sort deux premiers disques qui laissent franchement entendre son talent au piano, tout en étant assez inventifs. Puis, à partir du troisième, "Junk magic"en 2004, il bascule carrément dans le vrai jazz créatif, plus proche de l'ambient et du free rock que du revival hard bop et, libéré de sa virtuosité, crée des atmosphères , atmosphères... mais oui, il a bien une gueule d'atmosphère !
N'étant pas intéressé par le fric, sinon sa voie était toute tracée, il enregistre peu de disques sous son nom, et on le trouve surtout comme sideman chez Roscoe Mitchell, ou encore chez David Torn (sur le fantastique "Prezens") et chez Tim Berne (notamment sur le superbe "Science Friction"), deux artistes de la scène free actuelle (tendance John Zorn). De plus , on le retrouve sur des disques de rock (avec Greg Norton, un ancien de Hüsker Dü, sur "Gang font featuring Interloper"), et de techno (l' Innerzone Orchestra de Carl Craig sur "Programmed").
Pour vous faire une idée de l'étendue de registre de cet artiste majeur de la musique actuelle, voici un florilège de ce dont il est capable :
- "Bodies we came out of - Part one", en trio, encore assez classique, sur son deuxième album, "Light made lighter" en 2001.
- "Junk Magic" sur l'album du même nom, complètement différent, en 2004.
- Un extrait de "Prezens" en video, en concert avec David Torn et Tim Berne.
- Et enfin, une vidéo de concert aveg Gang Font.



 
 


Voilà... c'est là pour moi, que réside le jazz actuel, car je dirais, en paraphrasant Cecil Taylor : "Je ne sais pas ce qu'est le jazz actuel, mais ce que je sais, c'est que ce qu'on appelle jazz actuellement, n'en est pas !"

Je vous engage à découvrir ce qu'ont écrit mes collègues du Z-Band sur le sujet "Noires et blanches en couleur" :

- Z et le jazz : Bheki Mseleku
- Ptilou : Jean-Michel Pilc
- Native dancer : Sylvie Courvoisier
- Maître chronique : Bojan Z
- L'ivre d'images : Marc Copland
- Jazz à Paris : Jobic Le Masson
- Jazz Frisson : Marco Benevento
- Belette & Jazz : Andy Emler

samedi 25 octobre 2008

Avec Henri, t'es scié !

Je reviens d'un concert d'Henri Texier et j'en ai encore des étoiles plein la tête et des frissons dans l'echine mais... pas le temps d'en parler car je pars en vacances. Alors j'y reviendrais, c'est promis ! En attendant, une petite video d'un superbe jazz-reggae :

jeudi 16 octobre 2008

Krautrock, cékoidon ?

Il y a trop longtemps que je repousse ce moment, il est temps que je parle du Krautrock. A vrai dire, j'en veux beaucoup à la critique d'avoir laissé dans l'ombre cet immense pan du rock des années 70. Il aura fallu l'obstination d'Arnaud Le Goüefflec pour qu'enfin je renonce à mes préjugés contre le rock allemand. Pourquoi cet ostracisme, ou ce dédain de la presse rock de l'époque ? Tout simplement, ces musiciens avaient un pied dans le passé, ce qui a masqué le fait qu'ils en avaient deux dans le futur (oui, oui, c'étaient des tripodes... en tout cas de sacrés extra-terrestres !).
Ce pied dans le passé, c'est leur look ; ils n'étaient pas sortis du psychédélisme (cette photo de Can en atteste), vivaient en communauté et se shootaient au LSD alors que plus personne ne voulait entendre parler de flower power. Si les critiques de l'époque avaient fait plus confiance à leurs oreilles qu'à leurs yeux, ils se seraient rendu compte que cette musique avait beaucoup plus à voir avec le Velvet Underground première période, avec Frank Zappa, avec les Stooges, avec le rock garage US, qu'avec Grateful Dead. Leur musique est plus pré-punk que psychédélique.
Au lieu de ça, que nous a-t-on vendu ? Deux courants principaux du rock anglais : le blues-rock à la Led Zeppelin et autres Free, ou bien le progrock, musique sophistiquée et intellectuelle, empruntant largement au free jazz dans le meilleur des cas (Soft Machine, Hatfield & the North, Henry Cow...) et monstrueusement boursouflée et prétentieuse dans le pire (Yes, Genesis, Emerson, Lake & Palmer...). Mais bon sang de bois ! Ne pouvait-on entendre l'évidence : le Krautrock combine le meilleur de ces deux styles. Une inventivité de tous les instants, des improvisations de fous, dans des jams de 15 à 25 minutes, et tout ça avec une énergie... et des guitares... à réveiller un mort, et même peut-être un sénateur ! Et, cerise sur le gâteau, un son exceptionnel, dû aux ingénieurs du son de Stockhausen lui-même, alors que le son de Genesis, par exemple, reste pourri de chez pourri, même après restauration numérique !
Pour qui veut découvrir le Krautrock, c'est un puit sans fond. Une quantité incroyable de groupes n'ont jamais passé les frontières de l'Allemagne, mais ceux qui l'ont fait ont modifié profondément la musique et leur influence s'en fait encore sentir : ils sont à l'origine du rock indus, de l'ambiant, et même probablement de la techno. Un seul groupe est vraiment connu : Kraftwerk, mais c'est principalement parce qu'à l'instar de Pink Floyd, ils sont passés du rock expérimental le plus ardu à une musique plus accessible, leur permettant de toucher un large public.
Il existe, en tout cas, un groupe qui devrait avoir une notoriété supérieure à celle de Pink Floyd, le groupe phare du Krautrock, ceux qui ont inventé ce terme, comme une boutade, dans un titre de chanson ( Krautrock signifie "rock choucroute") : Amon Düül II. Ce groupe est peut-être le plus grand groupe de rock de tous les temps et j'y reviendrais... parce que là maintenant, je commence à fatiguer !
En attendant, si vous trouvez que j'exagère, écoutez moi cette merveille : tout simplement le premier morceau (Kanaan) du premier disque d'Amon Düül II (Phallus Dei en 1969). Tout le Krautrock est là !

vendredi 10 octobre 2008

Max Boom !

Dans les années 70, Max Roach a monté un groupe composé uniquement de percussionnistes : M'Boom. La première idée qu'on s'en fait ? Que des batteurs, ça doit être lourdingue comme musique... et chiant comme la pluie ! Fatale erreur, qui conduit à reculer le moment d'écouter ce pur chef d'oeuvre de finesse et de délicatesse. De la dentelle de Calais, voilà ce qu'est cette musique, hors du temps et indémodable. On n'y trouve, bien sûr, pas que de la batterie, mais des marimbas, xylophones, vibraphones, tympani, cloches et même une scie musicale ! Et on ne peut pas s'empêcher de rapprocher cette musique de celles de Steve Reich ou de Monndog, tout en reconnaissant que cet envoûtement est en fait d'origine africaine.
En écoute, une merveille parmi huit autres : "Onomatopoeia"

dimanche 5 octobre 2008

Prend ta Caravan...

Bon... cette note, en fait, c'est pour faire un essai de programmation. Alors, autant se faire plaisir ! Randy Weston et Max Roach en duo dans ce qui est sans doute le plus grand tube de l'histoire du jazz : "Caravan" de Duke Ellington.

Ok, bon... la caravane est partie mais well, you needn't...

mardi 30 septembre 2008

Pour rester dans le cochon...


... et tiens ! encore un aveugle : Moondog.
Sur le disque "H'Art Songs" de 1978, il se met à chanter des perles de chansons répétitives minimalistes, avec un petit côté Robert Wyatt.

Le premier titre est "Pigmy pig" et commence par un cri de cochon. Essayez donc de vous l'oter de la tête !


dimanche 28 septembre 2008

Le blues du cochon

Quand deux génies du jazz se rencontrent, ça fait généralement des étincelles. Quand ces deux génies sont aussi allumés que Charles Mingus et Rahsaan Roland Kirk, c'est une déflagration qui vous scotche les synapses à l'intérieur du crâne !
Des musiciens qui ont fait partie de son workshop, il n'y en a que deux que Mingus respectait et qu'il n'aurait jamais essayé d'humilier ni de frapper : Eric Dolphy et Roland Kirk ; les deux seuls, il est vrai, qui soient à son niveau.

Kirk a participé à l'enregistrement de deux disques de Mingus, dont le fabuleux "Oh Yeah !" en 1961, et on ne peut que regretter l'absence d'autres enregistrements de ce genre, tant l'osmose est parfaite entre ces deux fous furieux ! Le moins que l'on puisse dire est que la musique que l'on entend là, tout en étant profondément ancrée dans la tradition du jazz (Mingus et Kirk sont tous deux de vraies encyclopédies du jazz), est tout sauf conventionnelle.

Ce disque a ceci de particulier, dans la discographie de Mingus, qu'il n'y joue pas de la basse. Il a engagé un autre bassiste, Doug Watkins, pendant qu'il accompagne le groupe au piano et au chant, ou plutôt devrait-on dire au cri ! On trouve, sur cet album, des titres fabuleux comme "Wham bam thank you Ma'am", "Oh Lord don't let them drop that atomic bomb on me", "Eat that chicken", et le fameux "Hog callin' blues" que je mets en écoute, où la fureur des cris de Mingus et du jeu de Kirk (imitation de cris de cochon) sont à leur paroxysme. Il faut dire que la traduction (à la louche) de ce titre donne quelque chose du genre : "La complainte du porc, le soir au fond de son auge, alors qu'il vient de remarquer le regard de convoitise du fermier et qu'il appelle sa maman pour qu'elle le rassure".

Découvrez Charles Mingus!

samedi 27 septembre 2008

Abusons de la bouteille

Après le frisson, le groove, et un sommet s'il vous plait ! "The Bottle" de Gil-Scott Heron. Allez... au goulot !

mercredi 24 septembre 2008

La machine à frissons

Avez-vous déjà ressenti ce frisson qui vous remonte l'échine quand la musique vous prend aux tripes ? Il y a certains morceaux qui me le déclenchent à chaque fois, presque mécaniquement ; impossible d'y échapper. C'est le cas de ces deux lieder de Richard Stauss, les deux derniers des quatre derniers.
Essayez voir...

mercredi 17 septembre 2008

Si t'as froid, mets ton Weston

Dans le genre african jazz, il est un sommet indépassable : "Africa/Brass" de Coltrane. Mais Coltrane n'a pas exploré cette voie. En un chef d'oeuvre il avait tout dit (enfin... presque ! N'oublions pas le superbe "Kulu Se Mama"). Vers qui se tourner alors, si l'on aime cette musique ? Abdullah Ibrahim, bien sûr, l'africain du cap, ou alors... Randy Weston.
Weston n'est pas africain, lui, il est né à Brooklyn ! Mais ses deux principales influences sont les mêmes que celles d'Ibrahim, et elles coulent de source pour tout jazzman voulant retrouver ses racines : Duke Ellington et Thelonious Monk (Rappelons que, selon Ibrahim, le style de Monk, si inhabituel et perturbant pour les musiciens américains, semble au contraire tout naturel aux africains). Weston est donc l'un de ces rares pianistes inspirés par Monk, ce qui me le rend d'emblée fort sympatique.
En 61 et 63 il visite le Nigeria, puis finit par s'installer au Maroc à la fin des années 60. Durant ces années, il puise son inspiration dans la musique gnawa et enregistre de superbes disques (Uhruru Africa, High life, African cookbook, Blue Moses, Tanjah, pour se limiter à ceux que je connais), pour d'obscurs labels, ce qui les rend difficile à dénicher malheureusement, car ils valent le détour. Cerise sur le gâteau, on a l'avantage d'y retrouver souvent Booker Ervin au ténor, ce qui est toujours un plaisir.
Pour se faire une idée, voici un "African cookbook" fascinant et envoutant :

Découvrez Randy Weston!

vendredi 12 septembre 2008

Comme une envie de chanter sur l'eau !

- Encore du Schubert ! Qu'est-ce qui ne va pas Bill ?
- Je ne sais pas, j'en avais besoin, c'est tout.
- Mais je croyais que tu avais arrêté !
- Oui... mais bon... on a parlé de Schubert au boulot ce matin et... j'ai eu envie d'en reprendre !
- Tu peux m'en parler, je suis ton parrain après-tout. Tu veux aller à une réunion ce soir ?
- Non, écoute... Je ne pense pas que ce soit nécessaire, j'ai juste écouté "Auf dem wasser zu singen", c'est pas comme si je m'étais enfilé le quintette en ut !
- C'est pas rien quand même ce lied ! Il te reste dans la tête, c'est dur de s'en défaire. Alors fais gaffe quand-même !
- Ok, c'est promis, demain je me remets au jazz et on n'en parle plus.

Découvrez Barbara Bonney!

jeudi 11 septembre 2008

dimanche 7 septembre 2008

De l'air, de l'air !

Si vous avez entendu parler de respiration circulaire sans en entendre, ou mieux, en voir les effets, cette vidéo est pour vous. Elle permet aussi de rappeler ce qui semble maintenant une évidence : Roland Kirk est le plus grand saxophoniste après Bird et Trane et, si les critiques avaient bien voulu fermer les yeux et l'écouter vraiment, ils en auraient vite été convaincus. Pour la petite histoire, tous ceux qui, ont essayé de jouter avec Kirk y ont perdu des plumes. Heureusement il y avait parfois une âme charitable pour leur glisser à l'oreille : "Laisse tomber, il n'arrêtera jamais !". Un bonus pour ceux qui iront jusqu'au bout du film : à la fin Kirk fracasse sa chaise par terre comme une rock star !
" Volunteered slavery"

samedi 30 août 2008

Lloyd McNeil suite et fin

Eh oui, c'est déjà fini, il ne reste que trois albums de Lloyd McNeil et ce sont de pures merveilles comme les trois autres.
Qu'ont-ils de différent ?
Ils sont plus orientés World, parfois proche des ambiances de Gato Barbieri ou Pharoah Sanders, en plus léger et plus poétique, et surtout avec infiniment de classe et de finesse ! On y trouve Cecil McBee à la basse, le pianiste brésilien Dom Salvador et des percussionnistes comme Nana Vasconcelos ou Dom Um Romao.
Difficile d'en dire plus, étant donné le peu d'information dont on dispose (je n'ai même pas trouvé sa date de naissance et je ne sais pas s'il est encore en vie !)...Voici en tout cas les pochettes de "Treasures" (1975), "Tori" (1978) et "Elegia" (1979), et pour terminer, un superbe morceau (parmi d'autres) qui envoie du pâté : "Samba for the animals", tiré de "Elegia".




vendredi 29 août 2008

Asha fait du bien !

Je me rends bien compte que je n'en ais pas assez dit sur Lloyd McNeil. Voici donc quelques précisions supplémentaires.Pour commencer, voici la pochette du premier album, "Asha" dont vous avez déjà pu écouter deux extraits, ainsi que celle de l'album "Tanner Suite", sous-titré "Asha II". Ces deux pochettes ont étés dessinées par McNeil lui-même.

L'album "Tanner Suite" (1969) est une rareté à bien des égards. Pour commencer, il a été tiré à 1000 exemplaires seulement et a été composé spécialement pour une exposition au Smithsonian du peintre Henry Ossawa Tanner. De plus, il s'agit d'un cas rarissime, si ce n'est unique, dans le domaine du jazz, d'un duo flûte, basse. Le résultat est une pure merveille de finesse et de poésie qui doit autant à Debussy qu'à Coltrane.

Le troisième album, "Washington Suite"(1970), sous-titré "Asha III", contient lui aussi des éléments surprenants. Comme "Asha I", il s'agit d'un enregistrement en quartet mais, à la différence du premier opus, le pianiste Eugene Rush est au piano électrique, ce qui change énormément l'ambiance. Le plus surprenant est le morceau "Fountain in the circle" qui est présenté en deux arrangements très différents : l'un en duo flûte-piano, l'autre en quintet à vents !

En écoute, tiré de ce dernier album : "Home Rule".

Pour terminer, je précise que, si ces enregistrements se trouvent uniquement en vinyls, c'est parce qu'ils furent produits par Lloyd McNeil lui-même, qui tenait à contrôler l'ensemble du processus créatif. Nul doute que, s'ils étaient parus sous l'étiquette Blue Note, ils seraient plus connus et auraient étés réédités en CD. Faut-il s'en réjouir ou s'en désoler ? Je vous laisse juge... moi, j'y retourne !

mercredi 27 août 2008

J'ai trouvé le Graal !

Comment ? Mais non, je n'exagère pas ! Bon, il est possible que seuls les amateurs de flûte me comprennent ! Pensez-y... désespéré que les plus grands flûtistes de jazz, tous multi-instrumentistes n'aient pas eu l'idée, ou l'envie de sortir un album uniquement consacré à la flûte, vous avez dû vous rabattre sur un musicien ayant autant de conscience artistique que Herbie Mann ! Eh bien, c'est terminé le boulevard, rauss Mann ! Passons au grand répertoire !
Euh... ne vous emballez pas quand-même, j'ai dit que j'avais trouvé le Graal parce qu'il est vraiment rare : absent du dictionnaire du jazz de chez Lafont, absent de Wikipedia, quasi-inexistant sur allmusic (son nom, la liste des albums, mais aucun texte...), alors chez les disquaires...

Lloyd McNeil, car c'était lui, est à peu de choses près l'exact contraire de Herbie Mann. C'est un artiste complet, pour ne pas dire total : il est compositeur, arrangeur, flûtiste donc, mais aussi peintre et poète et, n'ayant pas la moindre attirance pour le bling-bling, il a préféré enseigner plutôt que de se faire du fric. Il a heureusement trouvé le temps de composer et enregistrer six albums de rêve en dix ans.

Je vous en donne un extrait, car vous avez peu de chance d'en trouver sur le net et, allez tiens, pour le même prix je vous en mets deux ! Tirés du premier album, Asha (1969), un morceau lent, "St Margaret's Church" et un morceau plus enlevé, "Dig where dat's at !". Faites gaffe, quand même, tout est du même niveau et on en devient vite accro !

dimanche 17 août 2008

Fermez le ban, Joe

Je vais à nouveau sacrifier à un exercice difficile pour moi : parler d'un autre ténor que Coltrane. Vous allez me dire, si c'est si difficile, pourquoi le faire ? Pour deux raisons.
- la première : j'ai un revolver sur la tempe et on me menace de remplacer ma collec de disques de Trane par l'intégrale de Zoot Sims.
- la deuxième : ça ne serait pas juste pour Joe Henderson, étant donné que j'ai déjà fait cet effort pour Wayne Shorter et pour Sonny Rollins.
C'est donc de Joe Henderson dont il s'agit, et je l'admets, ce sera moins difficile que pour Rollins. En effet, même s'il aura fallu attendre environ 25 ans après la mort de Trane pour que l'on s'aperçoive de sa différence et de son influence, Henderson est beaucoup plus intéressant que Rollins qui, pétrifié par le génie de son ami John, a préféré sacrifier sa carrière pour sombrer dans la biguine !
Qu'est-ce qui différencie tant Henderson de Coltrane ? Le style, vous diront certains spécialistes. Moi je dirais le travail. Trane était tout simplement un forcené, capable de triturer et de pousser jusque dans ses derniers retranchements la moindre ritournelle en une sorte de tentative (à la Perec) d'épuisement d'un thème. Henderson est plus dilettante, un touche à tout de talent mais peu disposé à explorer jusqu'au bout les pistes sur lesquelles il s'aventurait.
Mais, trève de discours, voici trois extraits pour illustrer mon propos :
- Sur le premier, "El Barrio", tiré de "Inner Urge" (1964), vous aurez l'occasion de comparer directement son style à celui de Coltrane puisqu'il est entouré de McCoy Tyner et Elvin Jones.
- Le deuxième est le morceau titre de "Power to the People" (1969), dans un genre très différent.
- Le troisième, "Water", est tiré de l'album "The Elements" (1973), avec Alice Coltrane, et n'est pas sans rappeler les albums orientés World Music de Don Cherry.

Découvrez Joe Henderson!


Découvrez Joe Henderson!

samedi 16 août 2008

Suite suisse, suite suisse, suite suisse

Essayez de le dire très vite six fois, pour voir !
Désolé pour la très mauvaise qualité de cette vidéo mais je n'ai pas pu résister. Il y avait si longtemps que je cherchais une vidéo de Gato Barbieri datant de l'époque où il jouait free ! Il s'agit de la "Swiss Suite" d'Oliver Nelson, qui dirige le big band et joue aussi, occasionnellement. Vers la fin c'est Eddie "Cleanhead" Vinson, plus classique que l'homme au chapeau noir, qui se pointe.

Aïe, la vidéo n'est plus disponible... Voici une maigre compensation :

dimanche 10 août 2008

In memoriam Johnny Griffin


Voici un exercice que je ne prise guère, mais bon... pour Johnny Griffin quand même, je vais faire un effort.
80 ans ! Si Coltrane avait vécu aussi longtemps, il ne serait mort que depuis un an et demi...
On se rappellera de Johnny, notamment pour son jeu hyper speedé, mais là, je suis plus d'humeur pour une ballade un peu triste : "Black is the color of my true love's hair", tiré de l'album "The Kerry Dancers" en 1961 :

dimanche 3 août 2008

De quoi-t'est-ce dont il s'agit ?

Alors voilà, c'est une idée du Z-Band, collectif de blogueurs dont je m'honore de faire partie depuis peu : une vidéo de jazz évoquant l'été. Bon... comme c'est ma première contribution, c'est en tremblant un peu que je vous propose la petite merveille que voici :

Mais, mais... qu'est-ce que c'est que ça ? Aïe, aïe, aïe, la boulette ! Non, les gars, je vous jure, j'ai pas fait exprès, mon doigt a dérapé, je nettoyais ma souris et le clic est parti tout seul ! Qu'est-ce que c'est au fait ? George Duke... ben mon colon, il a mal tourné, moi qui ne l'ai connu que chez Zappa ! Enfin bon, pour le coup ça fait plutôt estival non ? ... Non, ça le fait pas ? Au moins c'est de la daube qui ne se prend pas la tête ! A choisir, ça vaut bien... Ohpopop, attention terrain glissant mon garçon, ne va pas te griller pour ta première participation, c'est déjà bien assez mal engagé !
Qu'est-ce que j'vais faire pour rattraper le coup ? Allez... j'ai ça sous la main depuis un moment, c'est bien du jazz, ça s'appelle Summertime (si c'est pas l'été alors, je veux bien passer tout l'hiver à écouter du... non j'le dirais pas !), c'est Keith Jarrett, encore occupé à bourrer son piano, Obsédé, va !


Prenez le temps d'aller voir les autres contributions (sûrement plus sérieuses, quoique...) du Z-Band à ce thème, la liste des liens est tout en bas à droite.

mardi 22 juillet 2008

George Benson s'en prend cinq lui aussi.

On va croire que je fais une fixation sur "Take five". Ce n'est pas du tout le cas, par contre je fais une fixation sur ce type de jeu de guitare, qui pour moi, curieusement est aussi lié à l'été. C'est pourquoi je choisis cette vidéo au moment de partir en vacances (en l'occurence : vacances d'internet). Rendez-vous le 3 août pour une petite contribution au Z-Band...

samedi 19 juillet 2008

J'ai rencontré Lenine

C'était en 1999, chez mon disquaire préféré, et c'est le dernier vrai choc que j'ai eu pour un artiste de pop-rock, brésilien ou pas !
L'album, "Na Pressao" est un chef d'oeuvre d'influences subtilement mélangées, il est unique en son genre, avec cette guitare qui ressort sur des boites à rythmes (moi qui n'ai jamais aimé ça !), ce mix intelligent de samba, de rap et de techno. 9 ans plus tard j'écoute toujours aussi souvent ce disque, qui figurerait en bonne position dans ma discothèque idéale, si j'avais le courage d'en publier une...
Voici "Jack Soul Brasileiro", le premier titre de l'album, celui qui m'a accroché pour ne pas me lacher :

jeudi 17 juillet 2008

L'Afrique, c'est chic !

Ecouter Olatunji c'est bien, le voir c'est encore mieux. Le voici au djembe, avec un air de pharaon... je vous dis pas !

lundi 14 juillet 2008

Africa

J'ai découvert le percussionniste africain Babatunde Olatunji un peu par hasard, en fouinant à partir du titre du dernier concert de Coltrane, "The Olatunji concert", ainsi nommé parce qu'il s'est tenu au Olatunji Center for African Culture à Harlem, un centre fondé avec l'aide de Trane. Il faut dire que Olatunji avait noué de solides liens d'amitié avec Trane et que celui-ci s'est beaucoup inspiré de lui.
Olatunji, né au lagos, est arrivé aux Etats-Unis en 1950, à l'origine pour étudier la médecine et s'est finalement orienté vers la musique et l'enseignement des percussions. En 1959, son premier disque, "Drums of passion" est le point de départ de l'intérêt pour la musique africaine aux States, grâce à Coltrane qui était alors en contrat chez Columbia et qui a su faire jouer son influence de Star naissante pour ouvrir les portes de la prestigieuse maison de disques à son ami Babatunde.
Avec le succès sont venues les collaborations avec des artistes de jazz comme Cannonball Adderley, Horace Silver, Randy Weston, Abbey Lincoln et Max Roach... bref, tous ceux qui s'intéressaient de près ou de loin aux racines africaines du jazz.
Le titre que je mets en écoute est un tube mais ce n'est pas Olatunji qui en a fait un tube... c'est Santana, qui a repris le morceau sur son premier album en 1969, soit 10 ans après la version d'origne, que voici, que voilà : "Jin-go-lo-ba".

mardi 1 juillet 2008

Prenez cinq minutes avec Al Jarreau

Pour Anne J, la plus fabuleuse des interprétations de "Take five" par Al jarreau (en 1975) :

lundi 30 juin 2008

Dinah en strings, c'est magique !

Pour illustrer mon propos de la précédente note : Dinah Washington, "Look to the rainbow".

samedi 28 juin 2008

Avec ou sans strings

Il est plus d'un artiste de jazz qui a suivi l'exemple de Charlie Parker de jouer avec un orchestre à cordes. L'idée de base est commerciale : il s'agit de "mettre le génie à la portée du grand public". Le résultat est parfois excellent, et ce fut le cas pour Bird, un accompagnement banal peut parfois mettre en valeur le soliste, comme un magnifique joyau posé sur un sopalin, un tableau de maître accroché sur un mur de parpaings... Mais attention, le soliste doit vraiment être exceptionnel, sinon on obtient la pire daube qui soit ! Autre exemple de réussite : Dinah Washington, dont les albums avec orchestre sont vraiment magnifiques tant ils mettent sa singulière voix en valeur.
Et puis il existe une autre voie, certes moins empruntée, mais plus intéressante : l'artiste qui arrange lui-même la partition de l'orchestre pour l'intégrer à son discours, de façon créative et non commerciale. Ce fut le choix d'Alice Coltrane, à deux reprises au moins. D'abord sur l'album "Infinity" de John Coltrane, où elle ajouta, à la grande stupeur indignée des puristes coltraniens, des arrangements de cordes après la mort de John. Ensuite sur l'album "World Galaxy", sous-titré "Alice Coltrane with strings". Sur ces deux albums elle a fait un travail formidable, inspirée par les compositeurs du début du vingtième siècle, Debussy en tête.
En voici un exemple, tiré de "World Galaxy" : "Galaxy in Turiya".

dimanche 22 juin 2008

La révolution ne sera pas télévisée

"The revolution will not be televised", chanson engagée de Gil Scott-Heron est un trait d'union entre le jazz et le rap. Songez que ce morceau date de 1971 et mesurez ce que lui doit l'actuel slam...

Et pour mieux apprécier la poésie et la violence polémique de ce texte, en voici les paroles :

You will not be able to stay home, brother.
You will not be able to plug in, turn on and cop out.
You will not be able to lose yourself on skag and skip,
Skip out for beer during commercials,
Because the revolution will not be televised.

The revolution will not be televised.
The revolution will not be brought to you by Xerox
In 4 parts without commercial interruptions.
The revolution will not show you pictures of Nixon
blowing a bugle and leading a charge by John
Mitchell, General Abrams and Spiro Agnew to eat
hog maws confiscated from a Harlem sanctuary.
The revolution will not be televised.

The revolution will not be brought to you by the
Schaefer Award Theatre and will not star Natalie
Woods and Steve McQueen or Bullwinkle and Julia.
The revolution will not give your mouth sex appeal.
The revolution will not get rid of the nubs.
The revolution will not make you look five pounds
thinner, because the revolution will not be televised, Brother.

There will be no pictures of you and Willie May
pushing that shopping cart down the block on the dead run,
or trying to slide that color television into a stolen ambulance.
NBC will not be able predict the winner at 8:32
or report from 29 districts.
The revolution will not be televised.

There will be no pictures of pigs shooting down
brothers in the instant replay.
There will be no pictures of pigs shooting down
brothers in the instant replay.
There will be no pictures of Whitney Young being
run out of Harlem on a rail with a brand new process.
There will be no slow motion or still life of Roy
Wilkens strolling through Watts in a Red, Black and
Green liberation jumpsuit that he had been saving
For just the proper occasion.

Green Acres, The Beverly Hillbillies, and Hooterville
Junction will no longer be so damned relevant, and
women will not care if Dick finally gets down with
Jane on Search for Tomorrow because Black people
will be in the street looking for a brighter day.
The revolution will not be televised.

There will be no highlights on the eleven o'clock
news and no pictures of hairy armed women
liberationists and Jackie Onassis blowing her nose.
The theme song will not be written by Jim Webb,
Francis Scott Key, nor sung by Glen Campbell, Tom
Jones, Johnny Cash, Englebert Humperdink, or the Rare Earth.
The revolution will not be televised.

The revolution will not be right back after a message
about a white tornado, white lightning, or white people.
You will not have to worry about a dove in your
bedroom, a tiger in your tank, or the giant in your toilet bowl.
The revolution will not go better with Coke.
The revolution will not fight the germs that may cause bad breath.
The revolution will put you in the driver's seat.

The revolution will not be televised, will not be televised,
will not be televised, will not be televised.
The revolution will be no re-run brothers;
The revolution will be live.

mercredi 18 juin 2008

Bof, ça ou peindre des cailloux !


J'ai déjà parlé de ce superbe polar de Claude Miller : "Mortelle randonnée", avec Serrault et Adjani. La musique est de Carla Bley, avec en musique additionnelle le lied avec piano et clarinette "Der Hirt auf dem felsen" de Schubert. Il est maintenant temps de se l'écouter ce magnifique lied. Et pendant ce temps, intéressons-nous un peu à l'histoire racontée là.
Bon, j'ai cherché la traduction sur internet, mais je n'ai rien trouvé, alors il va falloir puiser dans ce qui me reste de l'allemand appris au collège et au lycée. Allons-y... C'est un peintre qui peint sur des cailloux. Il peint... des moutons. Des moutons ? Non... attendez ! C'est pas un peintre, c'est un pâtre, ce qui explique les moutons, et il EST sur un caillou, enfin... un rocher quoi, sûrement pour mieux surveiller ses moutons. Il regarde à gauche, y'a des moutons ; à droite, des moutons ; devant, des moutons ; derrière, il ne voit pas mais attendez... il se retourne... des moutons !
Tout à coup, y'a un mouton de droite qui commence à passer devant le rocher. Le pâtre s'interroge... il est bizarre ce mouton, pourquoi il fait ça ? Ah oui... pour aller de l'autre côté !
Au bout d'une heure ou deux, il voit une silhouette à l'horizon qui semble venir vers lui. C'est... l'homme du Picardie ? Non, c'est Pat, un collègue. Une ou deux heures plus tard, ils discutent gaiement :
- Tu sais ?
- Mmmh ?
- Ben...
- Mmmh ?
- J'sais pas...
- Quoi ?
- J'arrive pas à me faire à l'idée qu'on est jeudi !

jeudi 12 juin 2008

Te fais pas de bile, Tony !

Un petit solo de batterie de temps en temps, ça ne fait pas de mal à condition que ça ne dure pas trop longtemps. C'est le cas ici : Tony Williams en 1972. Il avait à peine 17 ans quand Miles l'a engagé dans son deuxième quintette en 1962 et il n'a pas quitté le top des batteurs jusqu'à sa mort d'une crise cardiaque en 1997. Une crise cardiaque... hum, comment dire, à le voir jouer ici de façon si déraisonnable, on n'est pas surpris ! Euh... non en fait, sa crise cardiaque résulte d'une banale opération de la vésicule biliaire. D'où le titre... très délicat !

vendredi 6 juin 2008

Vol de nuit

On n'a pas des masses de vidéos de Gabor Szabo, alors dites-vous une chose : elles finiront toutes un jour ou l'autre sur ce blog. Je me régale, et j'espère bien que je ne suis pas le seul ! "Nightflight" :

mardi 3 juin 2008

Cantaloupe Island

Un moment de détente avec l'un des plus grands tubes du hard bop, "Cantaloupe Island" de Herbie Hancock, joué par les mêmes qui l'avaient créé en studio (si vous voulez comparer, je l'ai déjà mise en écoute lors de ma première note sur Herbie Hancock) sur l'album "Empyrean Isles", en 1964 : Ron Carter et Tony Williams, la rythmique du Miles Davis Quintet de l'époque et Freddie Hubbard, qui nous livre ici deux solos époustouflants dont un qui semble ne pas avoir été prévu ! Ajoutez Joe Henderson au ténor, cela ne gâtera pas la sauce, au contraire !

dimanche 1 juin 2008

Un en deux, deux en un

En 1979, Max Roach s'associe avec Anthony Braxton pour un disque intitulé "One in two, two in one". Roach, qui sait ce que c'est qu'une révolution musicale puisqu'il a été au coeur de l'explosion bop depuis le tout début, s'est tout de suite intéressé au free. Ce n'est pas l'un de ces révolutionnaires qui s'embourgeoisent en vieillissant, pour finir par discourir sur la mort du jazz !
Pour en revenir à ce disque, ce n'est pas le premier duo entre un souffleur et un batteur. Coltrane est passé par là avec Rashied Ali. Mais ce disque est très différent de l'austère "Interstellar space", peut-être parce que Braxton joue de multiples instruments (saxophones alto, soprano et sopranino, clarinette et clarinette contrebasse, flûte) de même que Roach, qui utilise notamment des gongs et autres cloches. Don Cherry & Ed Blackwell les ont aussi précédés avec le magnifique "Mu", mais ils agrémentaient l'album d'éléments de world music que l'on ne trouvera pas ici : cet enregistrement, en public de surcroit, est totalement free et improvisé, tout en évitant d'être abscons ou ennuyeux, il est même passionnant de bout en bout. Il est composé de deux parties de plus d'une demi-heure chacune, curieusement intitulées Part I et Part II, ce qui laisse à penser que c'est Roach et non Braxton qui a choisi les titres.
Voici, pour donner envie, l'ouverture de la première partie de ce chef d'oeuvre :

Malheureusement, cette musique est devenue introuvable !
En attendant de la retrouver, voici les mêmes un an plus tôt.

dimanche 25 mai 2008

L'ultime innovateur

En choisissant d'intituler son premier disque "3 compositions of new jazz", c'est le jazz qu'Anthony braque...stone. Et en fait, non... même pas stone, très lucide et conscient, au contraire. Il savait ce qu'il allait déchaîner contre lui ; cette musique n'est pas du jazz ! Reste deux options : ce n'est pas du jazz, donc c'est de la merde, et c'est l'opinion de beaucoup de jazzmen mainstream de l'époque, ou alors, ce n'est pas du jazz et pourtant c'est de la musique géniale, opinion certes moins répandue, en dehors des milieux free, bien entendu. Il reste une troisième option, celle qui prévaut 40 ans plus tard : c'est du jazz et c'est au jazz ce que les Demoiselles d'Avignon sont à la peinture, le point de départ d'une évolution fulgurante qui mènera l'art au point de non retour.
S'il est impossible à l'heure actuelle d'innover dans le jazz, c'est la faute à Braxton : il a tout fait ! Il a notamment été le premier à enregistrer un album entier de saxophone solo, "For alto" en 1968, son deuxième album. Le moins que l'on puisse dire est qu'il est périlleux de pénétrer dans son univers par cette porte étroite. Si vous sautez les étapes, vous balancerez ce disque dans le feu au bout de cinq minutes.
Il est plus aisé de commencer par l'un de ses disques hommages à ses inspirateurs : Monk, Tristano, Parker. Ensuite, plongez dans les albums de groupes : Circle, avec Chick Corea (surprenant non ? Chick voulait sortir du jazz fusion de Miles Davis, avant d'y retourner en créant Return to Forever, et Braxton voulait sans doute profiter de la notoriété de Corea pour toucher un public un peu moins confidentiel...), et surtout Creative Construction Company, avec notamment le pianiste Muhal Richard Abrams et le violoniste Leroy Jenkins.
Ensuite, une fois que l'on est pris, on n'en décroche plus, tout est intéressant, varié et original.
A part ça, que peut-on dire de Braxton ? Eh bien, c'est un peu le prototype de l'intellectuel en musique dans les années 70. Il en est même presque caricatural : petites lunettes rondes, rouflaquettes, pipe... pour les sandales en cuir, je ne sais pas, on ne voit pas ses pieds sur les photos. Influencé principalement par des saxophonistes (Coltrane, Dolphy, mais aussi Desmond et le Warn Marsh de chez Tristano), il a étudié la musique classique et la composition. Ses petits camarades du jazz auront d'ailleurs beaucoup de mal à lui pardonner sa passion pour Cage, Stockhausen & co (non, ce n'est pas le cabinet d'avocats d'Ally McBeal !). En plus de ça, il a l'agaçante habitude d'affubler ses compositions de titres obscurs qui sont, selon lui, des formules de mathématiques (N-M488-44M Z, par exemple, a tout pour devenir un tube !) et qui rendent les discussions entre passionnés assez étranges.
Afin de ne pas plomber ce blog, je mets en écoute un morceau, "Piece three", tiré de l'album "Creative Orchestra Music" (1976), qui n'est pas d'emblée rebutant pour les oreilles non éduquées. C'est même une espèce de pied de nez, une marche, genre clique de patronage laïque qui commence, à partir d'un moment, à patiner puis à partir en vrille comme si les musiciens étaient bourrés. Alléchant, non ?

vendredi 23 mai 2008

Un orchestre qui dépote

Pas facile de faire vivre un grand orchestre dans les années 60, 70 ; ça coûtait cher et c'était passé de mode. Pourtant il en restait un, avec une gnaque d'enfer : le grand orchestre de Thad Jones et Mel Lewis. Ils jouaient du swing, du bebop, du hardbop, et se sont taillé un beau succès qui les a fait durer de 1965 à 1978, ce qui n'était pas gagné à priori. Avec cette vidéo, vous allez comprendre pourquoi.
A noter le solo de batterie du co-leader Mel Lewis, aux cymbales, ce qui n'est pas courant dans un big band.

lundi 19 mai 2008

Monk, avant le silence...

... c'est encore du Monk ! "Caravan" en concert au Japon en 1973, soit l'année où il se retire et rentre dans sa coquille pour ne plus ouvrir la bouche jusqu'à sa mort 9 ans plus tard.
Les mots sont inutiles...

mercredi 14 mai 2008

Abbey... ouais !

Abbey Lincoln aurait pu se contenter d'être un clone de Billie Holiday, même genre de voix, un peu étriquée, imparfaite mais tellement plus émouvante que les grandes voix du jazz à large tessiture que sont Ella Fitzgerald ou Sarah Vaughan. En fait, c'est ce qu'elle faisait à ses débuts, dans les clubs ou elle chantait et sur ses tout premiers albums.
Et puis, elle a rencontré Max "Pygmalion" Roach, qui a su la faire monter d'un cran, la faire passer d'une sous-Billie, aussi talentueuse soit-elle, à Abbey Lincoln, telle qu'on la connait, unique et originale. Elle s'est mise à choisir ses chansons pour leurs paroles, pour leurs significations, faisant tout pour leur donner du sens. Ce faisant, elle s'est encore rapprochée de Billie, celle qui chantait "Strange fruit" avec une telle intensité dramatique que c'en devenait bien plus qu'une simple chanson.
Malheureusement, Abbey se fait rare. Après trois album banals, elle enregistre trois chefs d'oeuvre en trois ans (1959, 1960, 1961) : "Abbey is blue", au titre suffisamment parlant, "Freedom Now Suite" avec Max Roach, et "Straight Ahead" avec Coleman Hawkins, Eric Dolphy, Booker Little, Mal Waldron, Max Roach évidemment, excusez du peu... Il va falloir ensuite attendre 1973 pour un nouvel album : "The people in me", une merveille dont je parlerais plus tard.
Pour l'instant, je mets en écoute un morceau de Mongo Santamaria que tout le monde connait sous les arrangements de Coltrane : "Afro blue", dont c'est la première version chantée. Il est bien sûr tiré de "Abbey is blue".

samedi 10 mai 2008

Kora, kora

Pour ceux qui ne connaissent pas la kora, ce magnifique instrument africain, en voici une démonstration par le grand maître Toumani Diabaté.

Toumani a par ailleurs enregistré un superbe album, MALIcool, avec le grand tromboniste free Roswell Rudd, compagnon de route d'Archie Shepp et de Steve Lacy. En voici un extrait, "Bamako", tout simplement l'un des plus beaux morceaux que je connaisse. Qui aurait cru que la kora et le trombone se marieraient si bien ?





vendredi 9 mai 2008

Régénération


Une très courte note sur cet album de Stanley Cowell : "Regeneration" (1975). Simplement parce que j'ai envie de mettre en écoute ce superbe morceau : "Lullabye".
Il est d'ailleurs assez difficile de trouver des renseignements sur Cowell, qui reste scandaleusement méconnu. Quant à ce disque, allmusic le décrit comme un album de pop infusée de jazz avec de solides racines africaines. Il est très changeant, allant du morceau pop groovy (avec Stanley au synthé), au morceau africain austère, joué à la kora, en passant par le blues. A découvrir donc, si l'on aime la variété, au sens premier du terme, bien entendu !


Lullabye n'est plus disponible, mais voici "Travelin' Man", en remplacement :

mercredi 7 mai 2008

Abbey Roach

Avant de parler plus longuement d'Abbey Lincoln, voici un avant-goût de ce qui rend cette chanteuse si atypique et unique dans le jazz. C'est dans les années 60, avec son mari Max Roach, c'est dans une cage, ce sont des cris et des gémissements : c'est le triptyque de la "Freedom Now Suite", pierre angulaire du jazz protestataire et chef d'oeuvre intemporel.

dimanche 4 mai 2008

Concours de finesse

Que font trois poètes de leur instrument quand ils se rencontrent ? Ils s'associent et nous font rêver et décoller ! Voici Bobby Hutcherson, Herbie Hancock et Ron Carter dans une petite merveille qui s'intitule "Bouquet". Une musique qui, soit vous endort, soit vous fascine. Vous aurez peut-être besoin de hausser le son, le niveau d'enregistrement étant assez bas.

samedi 3 mai 2008

Bonnes vibrations

Moi qui n'ai jamais vraiment aimé le vibraphone, je suis tombé amoureux de Bobby Hutcherson. Mais ça n'a pas été un coup de foudre, je l'ai découvert petit à petit, et je crois que je n'ai pas fini...
Première rencontre : "Out to lunch" d'Eric Dolphy, c'est lui qui donne cette ambiance hors du temps à cet album d'une grande finesse. Deuxième choc : "Time for Tyner" de McCoy Tyner, album sur lequel on trouve le fantastique "African Village" ; l'entente entre Bobby et McCoy est parfaite et l'enrichissement est mutuel, et je me surprends à apprécier un album avec du vibraphone. De là à écouter un album d'un vibraphoniste, il y a un pas que j'ai mis longtemps à franchir. Pour l'instant, je connais 7 albums de Bobby Hutcherson, s'échelonnant de 1965 à 1981 et j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand chose à jeter dans sa discographie. De plus, si j'en crois les vidéos qu'on trouve de lui sur internet, il est toujours aussi passionnant et impressionnant. J'y reviendrais donc... En attendant, écoutons-nous ce superbe morceau trippant : "Searchin' the Trane", en hommage à... devinez qui ! Sur ce morceau, tiré de l'album quasi introuvable "Inner glow" de 1975, Bobby joue, en plus du vibraphone, du marimba, un instrument dont j'adore le son.

Encore un lien disparu ! Voici "Inner Glow", en remplacement :

mercredi 30 avril 2008

Le prince des incompris

Mettons-nous un instant dans la peau d'un critique de jazz. Bon, je sais, c'est désagréable, ça gratte sec, et la crise allergique grave n'est pas loin. Essayons de tenir avec un zyrtec et posons-nous la question franchement : pourquoi est-ce si pénible de chroniquer un artiste free ? Eh bien, pour commencer, ces cons-là sont, à une exception près (Cecil Taylor), viscéralement incapable de s'en tenir à un style. Ils sont toujours en recherche et sont capables de tout et n'importe-quoi ! Alors finalement, à défaut de pouvoir les analyser de façon cohérente et de pouvoir les ranger dans des boîtes avec de jolies étiquettes colorées, la solution est simple : descendons-les en flamme dès qu'ils cessent d'être radicaux et qu'ils commencent à flirter avec d'autres musiques (funk, R'n'B, world ou autre).
Alors... qui est le prince des incompris ?
Taylor ? Non, lui il n'a pas changé, il est toujours ce même étranger, il partage la critique en deux : ceux qui adorent tout ce qu'il fait et ceux qui détestent tout ce qu'il fait. Pas d'hésitation, pas d'entre-deux, c'est un camp ou l'autre !
Ornette Coleman ? Non, chacune de ses phases ont leurs adeptes inconditionnels, mais il est rare de trouver un amateur pour dénigrer ce qui lui convient le moins. Total respect !
Archie Shepp ? Non : il est passé du free le plus radical au mainstream le plus lisse sans pour autant perdre la considération de la critique.
Non, le prince des incompris c'est Albert Ayler. Il commence dans des groupes de R'n'B, tout le monde trouve qu'il a un son et une façon de jouer des plus bizarres. Au moment où on commence à le reconnaître comme un des principaux innovateurs du saxo ténor, il reste à part, à cause de son répertoire de spirituals et des improvisations collectives orientées fanfare de Brass Band, jig irlandaise, marches ... Le classer jazz, on avait déjà du mal, voilà qu'on hésite même à le classer free jazz. Et quand enfin on commence à s'habituer, le voilà qui retourne au R'n'B dans un album intitulé "New Grass" ! Encore cet album garde-t-il une bonne critique (avec le temps, bien sûr, parce qu'à l'époque où il est sorti, il a été descendu en flamme...), essentiellement parce-qu'il semble cohérent : on peut le classifier R'n'B même s'il a peu de chance d'intéresser les fans du genre.
Pour l'album dont je veux vous parler maintenant, intitulé à tort par Impulse "The last album", c'est une autre paire de manches : pour la plupart des critiques, même les plus adeptes d'Albert Ayler, c'est du n'importe-quoi, une chatte n'y retrouverait pas ses petits, ça n'a ni queue ni tête ! On commence avec un morceau avec Ayler au bagpipe, en duo avec un guitariste de rock (Henry Vestine de Canned Heat), puis on embraye sur un morceaux avec de la poésie mi-parlée, mi chantée, et on alterne entre instrumentaux passionnés et morceaux chantés style R'n'B complètement barré. C'est vous dire si on est peu nombreux à apprécier ce disque, qui est d'ailleurs classé une étoile et demie sur AllMusic.
Eh bien moi, j'ose affirmer bien fort : des disques d'Albert Ayler c'est, mon colon, çui que j'préfère ! Et je vous aurait bien mis en écoute le plus beau des morceaux, "Water Music", mais on ne le trouve plus, malheureusement.
A la place, voici "All Love" :

lundi 28 avril 2008

Errol, eh...petit bolide !

Vous ais-je déjà parlé de la passion que j'ai pour Errol Garner ? Oui, bon... passion est un bien grand mot (à réserver à Monk et Coltrane peut-être). Allez, disons une énorme tendresse pour un artiste passionné et passionnant.
Voici "It could happen to you" en 1972 à Rome. Le public apprécie tellement qu'il en crie de joie. Ne riez pas, ça pourrait vous arriver aussi !

jeudi 24 avril 2008

Vous pouvez répéter ?

Quand Clovis Israël était petit, il bégayait et la moindre tentative de communication donnait quelque chose comme ça : "Papapapaspassspassss
passmmmpapassmoimoi
papassmoimoipasslll
papassllessepapaslessmoilesssel". Aussi, quand il s'est mis à composer de la musique, cela a-t-il donné ce que vous pouvez écouter plus bas (Timbral assaut). Par ailleurs, ne pouvant tout de même pas garder un patronyme aussi ridicule, il s'est fait connaître sous le nom de Charlemagne Palestine, ce qui est quand même plus facile à porter !
N'étant pas d'humeur sérieuse mais ayant infiniment de respect pour ce compositeur minimaliste américain, je renvoie les intéressés sur la page du site Néosphères, où vous trouverez tout ce qu'il faut savoir sur ce génie méconnu.
Quant à moi je vous laisse et j'entre en transe...

Alors... ça s'entend qu'il a été carillonneur, non ? En plus, il faut l'imaginer pendant une heure à tapoter frénétiquement les touches de son piano jusqu'à en avoir les doigts en sang !
La vidéo qui suit est très étrange, presque autant que la musique qu'on y entend : Palestine aux grandes orgues d'une église de Lisbonne. Une musique qui tire plus vers la transe des dervishes tourneurs que vers la liturgie catholique.

mardi 22 avril 2008

De plus en plus Mal !

Pour en rajouter une couche sur Mal Waldron, voici un documentaire vidéo inestimable : Mal en point... non pardon ! en duo, avec la trop rare Jeanne Lee. De magnifiques morceaux entrecoupés d'extraits d'interviews. Régalez-vous !

Même pas Mal !

Cet album était trop beau pour être oublié. Problème : le leader de la session, Mal Waldron n'est pas assez connu, pas assez bankable. Qu'à cela ne tienne, disent les producteurs, ressortons-le sous le nom du principal sideman qui lui, est devenu un mythe : Eric Dolphy. Il est vrai qu'Eric est particulièrement en verve sur ce disque, mais il faut rendre à César ce qui est à César, et Mal Waldron n'est quand-même pas le dernier des tacherons !
Waldron est l'un des rares pianistes inspirés par Thelonious Monk, il a tourné avec Mingus, avec Dolphy et Booker Little, a accompagné les deux dernières années de Billie Holiday. Il a aussi, et c'est comme ça que je l'ai connu, beaucoup joué en duo avec Steve Lacy, joué quoi ? Du Monk évidemment !
Waldron n'est pas qu'un pianiste, c'est aussi un compositeur et un bon ! Tous les titres de cet album sont de lui, dont le fameux "Fire Waltz". Ce n'est pas ce titre que j'ai choisi de vous faire écouter mais "Warm Canto" qui a le mérite de nous faire entendre Dolphy à la clarinette basse, ce qui n'est pas si courant.
J'ajouterais pour terminer que l'on trouve aussi sur ce disque deux autres grands noms, qui font en tout cas partie de mon panthéon personnel, Booker Ervin au ténor et Ron Carter au violoncelle.