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lundi 2 novembre 2009

My favorite things (3)


Passons à une version franchement coltranienne, voulez-vous ?
Et, pour ça, quoi de mieux que Coltrane... elle-même !
Attention quand même ! Si vous êtes allergique à l'orgue Wurlitzer, vous préférerez passer votre chemin. Je le suis, à vrai dire... mais je supporte le son de cet horrible instrument, comme prix à payer en contrepartie des arrangements de cordes, si originaux, de Mme veuve Coltrane.

samedi 28 juin 2008

Avec ou sans strings

Il est plus d'un artiste de jazz qui a suivi l'exemple de Charlie Parker de jouer avec un orchestre à cordes. L'idée de base est commerciale : il s'agit de "mettre le génie à la portée du grand public". Le résultat est parfois excellent, et ce fut le cas pour Bird, un accompagnement banal peut parfois mettre en valeur le soliste, comme un magnifique joyau posé sur un sopalin, un tableau de maître accroché sur un mur de parpaings... Mais attention, le soliste doit vraiment être exceptionnel, sinon on obtient la pire daube qui soit ! Autre exemple de réussite : Dinah Washington, dont les albums avec orchestre sont vraiment magnifiques tant ils mettent sa singulière voix en valeur.
Et puis il existe une autre voie, certes moins empruntée, mais plus intéressante : l'artiste qui arrange lui-même la partition de l'orchestre pour l'intégrer à son discours, de façon créative et non commerciale. Ce fut le choix d'Alice Coltrane, à deux reprises au moins. D'abord sur l'album "Infinity" de John Coltrane, où elle ajouta, à la grande stupeur indignée des puristes coltraniens, des arrangements de cordes après la mort de John. Ensuite sur l'album "World Galaxy", sous-titré "Alice Coltrane with strings". Sur ces deux albums elle a fait un travail formidable, inspirée par les compositeurs du début du vingtième siècle, Debussy en tête.
En voici un exemple, tiré de "World Galaxy" : "Galaxy in Turiya".

mardi 25 septembre 2007

Ooooooooommm...


Quand Alice Coltrane enregistre avec McCoy Tyner en 1970, que se passe-t-il ? Ils se foutent sur la gueule ? C'est un peu comme si Mc Cartney enregistrait avec Yoko Ono, non ?
Pas du tout, c'est tout le contraire ! Alice admire McCoy, il est même sa principale influence ; quant à McCoy, il n'a pas de raison d'en vouloir à Alice de l'avoir remplacé dans le quartette de Trane, puisqu'il a quitté le quartette de son propre chef. Il faut donc se réjouir de cette rencontre, d'autant plus que la dame à la harpe n'apparaît pas souvent comme accompagnatrice (on la retrouve aussi avec bonheur en duo avec Joe Henderson en 1973 sur "The elements").
Ajoutez au jeu modal, donc oriental de Tyner, la spiritualité d'Alice Coltrane et la touche aérienne et cristalline de la harpe et vous obtenez un disque qui sonne comme un sommet du bhoudisme zen.
Et ce n'est pas tout ! Les autres musiciens sont plus qu'à la hauteur de l'événement puisqu'il s'agit de rien de moins que Wayne Shorter, Gary Bartz (son successeur chez Miles), Ron Carter et Elvin Jones !
L'album s'appelle "Extensions" et il serait aussi vain de le distinguer des autres enregistrements de la même époque de McCoy, que de faire des comparaisons entre les différents sommets de l'Himalaya. Qu'on se le dise : tout est génial dans sa discographie !
Voici un extrait de cet album, aux titres tous composés par Tyner : "His blessings".
Les bénédictions de qui ? De JC bien sûr !

lundi 18 juin 2007

Alice à travers un miroir... déformant


- Alice McLeod, épouse Coltrane, vous êtes accusée de détournement de génie avec préméditation. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
- Tout d'abord, rien ni personne n'aurait pu détourner John de la quête de son inaccessible étoile. Ensuite je vous prie de remarquer que, s'il m'a épousée ce n'était pas pour remplacer McCoy Tyner mais Naïma dont il ne supportait plus la recette de boeuf mironton à la fraise et aux câpres. J'ajoute que vous avez une superbe cravate, Monsieur le juge.
- Brmmm, admettons. Mais ensuite... vous avez finalement remplacé Mr Tyner en 66. Ne me dites pas qu'il s'agit encore d'un problème culinaire !
- Non, pas du tout, simplement : mon mari avait un odorat très sensible et McCoy sentait des pieds.
- Un peu de sérieux, je vous prie, Mme Coltrane ! Je sens moi-même des pieds et cela n'a jamais affecté mon entourage professionnel, n'est-ce pas Mlle Peabody ?... Mlle Peabody ? Bon passons... Vous êtes aussi accusée de mysticisme aggravé, ayant été, comme Messieurs McLaughlin et Santana disciple du gourou Swami Satchidananda.
- En effet, nous nous étions même rebaptisés Turiya, Mahavishnou et Devadip. Mais, vous êtes mal renseigné Monsieur le juge, Santana et McLaughlin n'avaient pas le même gourou que moi, le leur s'appelait Sri Chinmoy.
- Tout cela c'est bonnet blanc et blanc bonnet ! Ne niez pas que vous avez détourné Monsieur Coltrane du jazz avec ces considérations théologiques !
- Monsieur le juge, c'est à mon tour de vous inciter au sérieux : John était mort depuis plusieurs années quand j'ai rencontré Swami Satchidananda ! De plus, avez-vous oublié "A love Supreme" ? Quand la mère de John a entendu l'enregistrement elle a dit : " Mon fils a vu Dieu ! Il n'aurait pas dû, celui qui a vu Dieu va mourir !"
- Où voulez-vous en venir ?
- John a toujours été mystique. En tout cas, il l'était avant de me rencontrer.
- Soit, le gouvernement vous tient pour quitte de cette accusation. Venons-en maintenant aux plaintes des critiques et amateurs de jazz : N'avez-vous pas commis le suprème crime d'arranger pour cordes l'album "Infinity" après la mort de votre mari ?
- Je l'assume totalement. Je pense avoir fait du bon travail pour cet arrangement et je suis sûre que le résultat aurait plu à John, qui n'avait pas l'esprit aussi borné que la critique, et ne prenait pas le jazz pour une chapelle !
- Le doute vous profitera pour cette affaire mais il reste l'accusation la plus grâve : comment pouvez-vous jouer de cet affreux orgue Wurlitzer, vous qui jouez si divinement du piano et de la harpe ?
- Euh... Oui... Là j'avoue, c'est par pûre méchanceté.
- Je vous condamne donc à écouter Céline Dion jusqu'à ce que mort s'ensuive !
- Mais Monsieur le juge, je suis morte depuis janvier dernier !
- ... Mlle Peabody ! ... Vos fiches ne sont pas à jour !

Pour me faire pardonner ce qui précède il fallait trouver un enregistrement exceptionnel d'Alice Coltrane.
Voici "Blue Nile" (1970)