L'album "Karma" de Pharoah Sanders est sorti en 1969 et, si l'on ne doit en avoir qu'un du pharahon, c'est celui-là ! Ce disque est, comment dire... touffu ! Imaginez une expérience zen, mais dans la jungle humide et étouffante, du zen claustro en quelque sorte. Le disque est composé de deux titres uniquement, le premier occupant presque tout l'espace (32 minutes), et le deuxième beaucoup plus court (5 min) qui est évidemment celui que vous trouverez en écoute plus bas.
Le premier titre, "The creator has a master plan" est démesuré à souhait, d'une densité sonore inouïe, relativement calme pendant une vingtaine de minutes, ponctuées des envolées yodléïsantes de Leon Thomas, ensuite on assiste à un déchainement de violence cataclysmique pendant environ cinq à six minutes, avant un retour au calme oppressant jusqu'à la fin du morceau.
Décrit comme ça, ça fait peur, non ? Moi j'adore, mais je ne suis pas sûr de pouvoir être considéré comme raisonnablement sain d'esprit. En tout cas, j'aime la démesure par dessus tout. Pour vous faire une idée, si ce disque était un livre, il ressemblerait plus au Terra Nostra de Carlos Fuentes qu'à la première gorgée de bière de Philippe Delerm.
En d'autres termes, cet album, avec quelques autres, est la preuve que le jazz aussi a eu sa période psychédélique.
On s'écoute le deuxième titre, "Colors", qui est un peu la version light du premier :
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jeudi 28 février 2008
mardi 26 juin 2007
Le chant du Pharaon
Récemment, j'ai lu la critique la plus débile que je connaisse d'un album de jazz, sur un site fameux que je ne nommerais pas où on trouve toutelamusiquepointcom. Le chroniqueur se plaignait du sort que faisait subir Pharoah Sanders à une ballade jugée "presque sacrée" : "Naïma" de John Coltrane sur l'album "Live at the Village Vanguard again". Il existerait donc des standards auquel on n'aurait pas le droit de toucher tellement ils sont beaux ? Autant remettre en question les principes même du jazz ! Coltrane lui-même n'a jamais joué "Naïma" deux fois de la même façon et, s'il a engagé Sanders, c'est justement pour son côté passionné, généreux et furieux, pas pour faire un background de musique d'ascenseur.Pharoah Sanders est un artiste qui ne triche pas, il joue comme en transe et peut passer d'un son très doux à une suite de hurlements déchirants, sans transition. Avec Coltrane sur les derniers albums et surtout sur les "live", il déchaine un pandémonium qui peut durer 20 ou 30 minutes d'affilée et qui ne peut pas laisser indifférent. Soit vous éteignez au bout de 30 secondes en vous disant : "Autant se mettre la tête dans un mixeur et appuyer sur le bouton ", soit vous continuez jusqu'au bout fasciné et comme hypnotisé, ce qui est mon cas (pour moi, le cauchemar c'est plutôt 30 secondes de sucreries à la Barbra Streisand).
Après la mort de Trane, Sanders a sorti sous son nom quelques albums fabuleux où il visite les
musiques du monde (Afrique, Amérique du Sud, Asie) en continuant à jouer free et en ajoutant à son saxo une foultitude d'instruments : flûtes, cloches, gongs et autres percussions variées, corne de vache, bailophone...Je recommande particulièrement "Thembi" (1970) dont voici un extrait (très difficile à choisir tant l'album est varié et sans temps faibles) :
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