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dimanche 19 septembre 2010

Big Band, Big Bang !



C'est l'automne, les feuilles tombent, les jours raccourcissent, et... le Z-Band publie. Sujet : les Big Bands.
J'ai choisi, quant à moi d'évoquer un artiste qui n'a pas beaucoup fréquenté les Big Bands, étant par nature solitaire et renfermé : Monk.

Qui voudrait déguster Monk en Big Band doit se méfier. En effet, si vous achetez sans bien regarder l'étiquette, vous pouvez aussi bien tomber sur du jazz 100% Monk, que sur de l'Oliver Nelson avec quelques pépites de Monk éparpillées de ci de là.

Je m'explique :

Comme chacun sait, Monk n'est pas mort d'un coup, comme le commun des mortels. Il a connu, entre 1967 et 1977, une période d'effacement, laissant son ombre se faire trimballer d'enregistrements en concerts plus ou moins foireux, manipulé par des producteurs, et même des confrères comme Dizzy Gillespie, utilisant sa notoriété, devenue immense dans les années 60, pour se faire des pâtes encore !
A cette époque, Monk agit comme une espèce de zombie sans volonté et laisse l'orchestre massacrer sa musique sans réagir, tandis qu'il est lui-même réduit à un rôle ingrat d'accompagnateur. Et ceci, jusqu'àu degré suivant de dissolution : de 1977 à 1982, période pendant laquelle il ne reste plus que l'enveloppe charnelle de Thelonious, immobile et silencieuse.

Donc, Monk et les Big Bands : que faut-il écouter ?

Deux enregistrements en concert :

- 1959, The Thelonious Monk Orchestra at Town Hall, que voici en écoute :

Découvrez la playlist Monk Orchestra at Town Hall avec Thelonious Monk















- 1963, Big Band and Quartet in Concert













Ces deux sessions ont été arrangées par Hall Overton, en concertation avec un Thelonious alerte et en pleine possession de ses moyens. Avec 9 musiciens, en plus de Monk, et non des moindres. Il est à noter la participation de Steve Lacy, en 1963, mais il ne prend, malheureusement pas, de solo.

Ces deux enregistrements sont de pures merveilles. Rien d'autre que Monk à la puissance dix, une véritable explosion, un summum absolu.

Quand au disque de 1968, Monk's Blues, on peut difficilement le qualifier de dernier enregistrement de Monk. Il n'était déjà plus là. Tout au plus peut-on le considérer comme un album d'Oliver Nelson, que l'on aurait pu intituler "The Oliver Nelson's Orchestra Plays The Music of Thelonious Monk", en ajoutant "Featuring the shadow of Thelonious himself".


Faut-il en conclure qu'il est à jeter ?

Certainement pas, il reste très agréable à écouter. Mais il faut se garder de le comparer aux deux autres albums de Monk en Big Band, et si Columbia avait eu la moindre décence, ils n'auraient pas regroupé dans un même double album, à la pochette pourtant si fabuleuse (voir image d'introduction), un disque de grand chocolat à 85% de cacao et un disque de nutella !

J'en ai terminé, mais n'oubliez pas d'aller jeter un oeil aux contributions à ce sujet de mes camarades du Z-Band :

Carine Bonnefoy sur Cool de Source

G9 Gipfel Berlin sur Jazz à Berlin

Xtet / Bruno Reigner sur Jazz O Centre

P.O.M. (putain d’orchestre modulaire) sur Z et le Jazz

le MegaOctet d'Andy Emler sur Belette & Jazz

Fanfare du Belgistan / Le Spoumj / le Surnatural Orchestra sur Jazz à Paris

DJBigBand-AkaMoon sur Jazzques

dimanche 20 septembre 2009

L'ivre d'images sur son nuage

Quand j'ai appris la terrible nouvelle, le décès de François Roudot, alias Roudodoudourou, une chape de tristesse s'est abattue sur moi. Presque un mois s'est écoulé et cette tristesse est toujours là. Aussi, au moment de lui rendre hommage au sein du Z-Band, de lui choisir un disque pour l'au-delà, la musique qui me venait à l'esprit n'était pas du jazz, musique rarement mélancolique, mais plutôt du classique, ou bien les ballades déchirantes de Nick Drake.
Et puis, je me suis souvenu d'une voix charriant des torrents d'émotion : celle de Billie Holiday.
Quand le Z-Band préparait son rendez-vous trimestriel sur les voix féminines, François râlait (gentiment, comme à son habitude) parce-que j'avais choisi Jeanne Lee avant lui, et se demandait s'il n'allait pas choisir "Billie Holiday, carrément !". Je lui avais alors répondu que j'adorerais lire sa prose, magnifiquement lyrique, sur la grande Billie.
C'est donc moi qui vais devoir m'y coller, mais je resterais humble, car je suis loin d'avoir le talent de François. Je crois bien, d'ailleurs, que je vais laisser Billie parler... carrément !

Une petite explication, quand même sur le choix d'un disque, "Lady in Satin" dont les arrangements sont d'une platitude absolue, sirupeux à souhait. Tout simplement : avec un tel accompagnement, la voix de Billie est comme un diamant qui se détache d'une gangue de fange, on n'entend qu'elle et on oublie tout le reste. Rappelez-vous, l'effet était le même avec le "Wonderful World" de Louis Armstrong, avec Dinah Washington ("It's Magic") et aussi avec "Charlie Parker with strings", tous ces enregistrements qui ont fait hurler les puristes, mais qui ont fait apprécier ces sublimes voix au plus grand nombre, et qui restent encore très écoutés aujourd'hui.

Cher François, ce n'est pas un disque que je voudrais t'envoyer, sur ton nuage. C'est cent, mille, et plus encore. N'oublions pas que, comme le dit si bien Woody Allen, "l'éternité c'est long, surtout vers la fin !", et il ne sera pas dit que j'ai laissé partir un ami sans au moins un disque de Monk ! En voici un qui me plait particulièrement : "Thelonious alone in San Francisco", qui présente... comment dire ? Monk tout seul à San Francisco, quoi !
Le morceau extrait ci-dessous a la particularité de n'avoir jamais été rejoué ensuite par Monk. Il est juste pour toi...

 Thelonious Monk



D'autres membres du Z-Band rendent hommage à François Roudot.
Allez donc faire un tour sur :
Ptilou's blog
Jazzques
JazzOcentre
Jazz à Paris
Jazz Frisson
Belette & Jazz
Maître Chronique
Z et le Jazz
The Backstabber

mardi 1 septembre 2009

Caravan (3)

Et puis bien sûr, il y a Monk, qui a joué "Caravan" sur le superbe album "Thelonious Monk plays Duke Ellington" (1955), et aussi en concert à Berlin en 1969, comme on peut le voir sur cette vidéo. Comme toujours, quand il reprend les thèmes des autres, il en fait du Monk, c'est à dire ce qu'il y a de mieux au monde !

jeudi 1 janvier 2009

Ne m'en voulez pas...

... de commencer encore une fois l'année avec Monk, c'est plus fort que moi !
"Don't blame me" (1966) et :

Bonne année 2009 à tous !

lundi 19 mai 2008

Monk, avant le silence...

... c'est encore du Monk ! "Caravan" en concert au Japon en 1973, soit l'année où il se retire et rentre dans sa coquille pour ne plus ouvrir la bouche jusqu'à sa mort 9 ans plus tard.
Les mots sont inutiles...

vendredi 14 mars 2008

Célébrons, il en restera toujours quelque chose

Pour ma centième note sur ce blog, il m'est difficile de parler de quelqu'un d'autre que Monk. Il est la pierre angulaire de mon goût pour le jazz, et je suis persuadé que, si dans 300 ans on ne connait plus qu'un artiste de jazz, ce sera lui.
Parlons un peu de l'album "Underground", qui est l'un des premiers que j'ai acheté et l'avant-dernier enregistrement en studio de Monk.
On est en 1967 et Monk n'a (plus) rien d'un artiste underground, il connait un succès phénoménal depuis une dizaine d'années, enregistre pour la prestigieuse firme Columbia, et il a même eu sa photo en première page de Time Magazine ! Et pourtant, c'est son chant du cygne, son dernier enregistrement studio avec le quartet des années 60 (Rouse, Riley, Gales), ensuite il n'enregistrera plus qu'un album très décrié, en big band, arrangé par Oliver Nelson (j'y reviendrai), et entamera son déclin : 10 années noires, puis le silence total jusqu'à sa mort en 1982. Il faut dire que les gouts du public sont de plus en plus tourné vers la pop. Comble de l'ironie, ce disque, considéré donc comme le dernier chef d'oeuvre de Monk, se verra décerné une récompense aux Grammy Awards pour... sa pochette !
Le disque est évidemment superbe de bout en bout et se termine par une surprise, une nouvelle version de l'un de ses plus anciens titres, "In walked Bud", mis en paroles et chanté par le seul chanteur à la hauteur pour ce genre de morceau : Jon Hendriks. On se l'écoute ?

mardi 1 janvier 2008

Bonne année monkienne à tous

Impossible de commencer l'année sans Monk ! Voici "Criss cross" tiré de l'album du même nom : le second album en studio pour Columbia (1962), après "Monk's dream", avec le fameux quartet : Rouse, Ore & Dunlop.
Cet album est fabuleux de bout en bout, à écouter en boucle quand vous sentez que ça crisse, qu'on vous cherche des crosses ou qu'on vous fait des crasses.

samedi 3 novembre 2007

Monkstrueux !

Monk jouant "Epistrophy" au Danemark en 1966, un vrai spectacle à lui tout seul ! Observez son regard hagard, par moment il a l'air en transe. Et il sue... c'est qu'il fait chaud au Danemark ! J'adore aussi voir ses grosses paluches pleines de bagouzes s'écraser sur le piano ; tous les pianistes en herbe devraient apprendre à jouer comme ça, ils auraient tout de suite l'air moins guindés !

samedi 29 septembre 2007

Monk's dream


J'ai toujours un faible pour ce disque de monk (datant de 1962) car c'est le premier disque de jazz que j'ai acheté, ou tout au moins le premier qui m'ait marqué.
Avant que je connaisse Monk, le piano me laissait indifférent, mais sa façon très particulière de jouer m'a immédiatement enthousiasmé . Au saxo on peut entendre Charlie Rouse, un musicien assez modeste dont la place est clairement l'accompagnement, mais dont on peut dire, sans exagérer, qu'aucun saxophoniste avant lui ne s'est aussi bien accordé avec le jeu de Monk, à part... Coltrane évidemment, mais il existe malheureusement très peu d'enregistrements de Trane avec Monk. Rouse est resté dans le quartette de Monk pendant plus de 10 ans, c'est dire si Monk se sentait bien avec lui !
En écoute : "Monk's dream", un morceau qui est un peu ma madelaine de Proust :

jeudi 23 août 2007

Les titres chez Monk


Les titres de Monk sont aussi atypiques que ses compositions et reflètent bien sa personnalité, le plus connu étant bien entendu "Round Midnight", superstar hors catégorie.
Vous avez les titres qui évoquent son état d'esprit du moment : "Reflections", "Introspection"... Certains font intervenir son nom, éventuellement caché : "Monk's Mood", "Monk's Dream", "Monk's Point", "Oska T" pour "Ask for T"... D'autres sont plus bizarres : "Criss Cross", "Trinkle Tinkle", "Rythm-a-ning", "Misterioso" évidemment ! Les meilleurs sont les plus courts : "Evidence", "Epistrophy", "Nutty".... Quand il réinvente à partir de "Bolivar Blues", le nouveau morceau s'appelle "Ba-Lu Bolivar Ba-Lues Are".
Et puis, il y en a qui ne sont pas de Monk, ou pour être plus précis, pas volontairement :
Souvent, en studio, Monk jouait de nouveaux morceaux auxquels ils n'avait pas encore donné de nom ; le producteur de la session venait alors le voir, souvent au bar, et lui posait la question : "Comment faut-il l'appeler celui-là ?", et il notait la réponse de Monk. Etant donné la communication un peu chaotique et elliptique de Monk, voici ce que ça a donné :
- " Appelons ça... " et Monk se désintéresse de la suite. Qu'à cela ne tienne, le producteur note "Let's call this".
- " Nature, sans Chaser " Monk répond en fait au Barman qui lui demande s'il veut son Whisky nature (straight) ou avec du Chaser, et le producteur de noter "Straight, no chaser".
- " Trouve-s-en un", autrement dit "débrouille-toi". La parole de Monk est d'or, le morceau s'appellera donc "Think of one" !
Et maintenant, un petit jeu : ces titres se réfèrent à la famille ou aux connaissances de Monk. A qui font-ils allusion ?
- "Crepusculle With Nellie"
- "In walked Bud"
- "Little Rootie Tootie"
- "Pannonica"
- "Ruby, my dear"
- "Eronel"
- "Boo Boo's Birthday"
Et pendant qu'on réfléchit, si on s'en tapait une bien fraiche ? "Let's Cool One" :
Arg ! Impossible de trouver ce morceau actuellement. Bon, Let's Call This...

lundi 2 juillet 2007

Pannonisons Pannonica !


Mais qui est cette Pannonica dont on retrouve le nom dans une vingtaine de titres de jazz et que l'on voit au bras de Monk sur la photo ci-contre ? Une mécène ?
Oui mais plus que ça !
La baronne Pannonica de Koenigswater a donné beaucoup plus que de l'argent aux musiciens de jazz, elle leur a donné tout son temps, toute son admiration, tout son amour, et elle a souvent payé de sa personne. Parker, miné par la drogue, viendra mourir chez elle ; Monk y passera les neuf dernières années de sa vie, pratiquement sans sortir.
Un jour où Bud Powell, qu'elle hébergait alors qu'il était en pleine déprime, disparait, elle ratisse tout New-York pour le retrouver. Quand Coleman Hawkins est alité chez lui (il fait des malaises épileptiques et refuse d'être hospitalisé), elle le visite régulièrement et remplit son réfrigérateur.
Toutes les nuits elle fait la tournée des clubs de jazz au volant de sa Bentley et tous les musiciens l'adorent.
Un soir, elle se fait arrêter avec Monk. Monk, dans ces cas-là a toujours un comportement des plus suspects : il se pétrifie, refuse de parler et roule des yeux comme des boules de billard. Résultat : les flics décident de fouiller la Bentley, ils y trouvent de la marijuana. Nica décide de prendre sur elle l'accusation de possession de drogue et sera condamnée à trois ans de prison. Elle fait appel et sera finalement acquitée au bout de plusieurs années de lutte de ses avocats.
On peut dire que pour Monk elle est toujours là ; elle l'accompagne régulièrement dans ses tournées aux Etats-Unis et à l'étranger et sera à ses côtés pour ces longues dernières années ou il se referme sur lui-même. Et pourtant, le moins que l'on puisse dire c'est que Monk n'est pas à l'aise partout ! Quand on lui demande où il aimerait vivre il répond "A part New-York, le seul endroit tentant serait la lune."
En plus du célèbre "Pannonica" de Monk, en écoute plus bas( video tirée du film "Straight, No Chaser"), voici quelques autres titres en son honneur (pour les deux derniers, je ne suis pas très sûr) :
- Nica's dream d'Horace Silver
- Blues for Nica de Kenny Drew
- Nica's tempo de Gigi Gryce
- Thelonica de Tommy Flanagan
- Nica raga de Hugo Chavez Shankar
- Joy for Nica de Régine Desforges

jeudi 28 juin 2007

Quand Monk se tait



Il existe dans le jazz une célèbre controverse entre Miles et Monk. Pour planter le décor, disons que Monk n'est pas l'accompagnateur rêvé pour un soliste. Quand Monk fait l'accompagnement, avant tout il fait du Monk. Et pour un soliste, c'est très perturbant ! Tout le monde n'est pas capable de jouer un solo accompagné par Monk. Ce n'est donné qu'aux plus grands, et encore...pas tous. Ecoutons ce qu'en pense Miles : "J'adore les thèmes et les interprétations de Monk, mais en tant qu'accompagnateur, il me met hors de moi. Avec lui, je ne me sens pas soutenu."
Nous sommes le 24 décembre 1954 et Miles enregistre avec trois musiciens du Modern Jazz Quartet et Thelonious Monk. L'ambiance est tendue entre Miles et Monk. Miles est en pleine ascension et il se croit tout permis avec Monk qui traverse une mauvaise passe, il l'injurie, l'humilie, l'accuse de gâcher ses solos. Certains prétendent même qu'ils auraient échangé des coups, ce qui est très improbable, étant donné que Monk est un colosse et Miles n'est pas suicidaire.
La fameuse controverse porte sur la deuxième prise de "The man I love". Quand c'est au tour de Monk de prendre son solo, il joue le thème, commence sa variation puis... s'arrête de jouer, laissant tourner le moteur (la basse et la batterie seules) pendant plusieurs mesures, jusqu'à ce que Miles intervienne, Monk reprenant alors son solo.
D'après Miles, Monk s'est tout simplement endormi ! Les adorateurs de Monk (dont je suis) affirmèrent que le silence de Monk était voulu et que Miles avait eu tort de l'interrompre. Longtemps j'ai fait confiance aux thuriféraires de Monk et j'ai pensé : ce petit péteux de Miles n'a pas compris le génie de Monk. Mea Culpa ! J'ai enfin pu écouter cet enregistrement et me faire ma propre idée : il est clair que, si Monk ne s'est pas endormi, il s'est au moins perdu dans ses pensées. Il revient en tout cas très vite à son sujet, et réagit au quart de tour à l'intervention de Miles.
A votre tour de vous faire une idée, le solo de Monk arrive au bout de 5 min environ :
(Remarque : c'est loin d'être le seul intéret de ce morceau !)

samedi 23 juin 2007

Brillant dans les coins !


Thelonious Monk est réputé pour ses compositions bizarres et difficiles à jouer. En réalité, elles sont bizarres et difficiles pour les musiciens qui les jouent, mais pour l'auditeur tout va bien ! C'est un peu comme pour Debussy, sa musique bouleverse toutes les règles établies mais elle ne choque pas l'oreille. De nos jours, les musiciens de jazz sont familiarisés avec les écueils de la musique de Monk, ils ont vu pire.
En 1956, par contre, il en va autrement ! Le producteur Orrin Keepnews pensait avoir tout prévu pour que tout se passe bien pour l'enregistrement de cette session ; parmi les accompagnateurs de Monk, la crême de la crême : Max Roach, Oscar Pettiford, Sonny Rollins, excusez du peu ! Pourtant, il était dit que le bateau prendrait l'eau. L'iceberg fatal se nomme "Brilliant corners" ; pour trouver un morceau aussi tordu, d'après Laurent De Wilde, pianiste et biographe de Monk, il faudra aller chercher chez Mingus ou Ornette Coleman des années plus tard.
Coltrane disait de la musique de Monk : "Si on rate un accord, c'est comme si on tombait dans une cage d'ascenseur vide". Les musiciens sont à la ramasse, même Rollins n'y arrive pas. Pettiford s'engueule avec Monk et ne rejouera plus jamais avec lui. Il faut dire que Monk n'aide pas ! Lorsqu'on lui demande comment jouer cette musique démentielle, il se contente de répondre : "Tu n'as qu'à jouer ce qui est écrit".
Finalement, après toute une nuit de travail... Ils n'y arriveront pas ! Et c'est Orrin Keepnews qui sauvera les meubles par un astucieux montage de plusieurs prises.

samedi 9 juin 2007

Passage de témoin entre géants du jazz



En 1955 Miles Davis engage John Coltrane et forme ce qui deviendra le mythique premier quintette avec Red Garland au piano, Philly Joe Jones à la batterie et Paul Chambers à la contrebasse.

Trane est camé jusqu'à l'os et il a tendance à entraîner ses petits camarades de jeu, notamment Philly Joe, dans la défonce. Ce n'est pas du tout du goût de Miles qui a arrêté la drogue trois ans plus tôt :
"J'ai choisi la méthode la plus difficile, la cold turkey ("dinde froide", un sevrage brutal). Je suis resté douze jours à fixer le plafond et j'engueulais tout le monde autour de moi. J'étais trempé d'une sueur froide, mon nez et mes yeux coulaient. Chaque fois que j'essayais de manger, je dégueulais. Mes pores étaient tout dilatés et je dégageais une odeur de bouillon de poule. Puis ça c'est enfin arrêté."
Trane va de plus en plus mal, sur scène il commence à voir des hamsters qui jouent du banjo. Un jour il se plaint à Miles que l'un d'eux, Harvey, celui qui a une moustache rose, lui a piqué ses chamallows. Excédé, Miles dévisse et le vire !
Et c'est tant mieux pour tout le monde, ce qui va arriver ensuite est une grande page de l'histoire du jazz moderne :
Miles va former son deuxième quintette avec Herbie Hancock, Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams et jouera alors ce qui reste le top du top du hard bop.
Et Coltrane va faire ses classes avec le seul et unique génie du jazz : Monk !
Pour donner une idée, c'est un peu comme si Beethoven avait fait un stage chez Mozart avant de révolutionner la musique européenne.

mercredi 6 juin 2007