De tous temps les musiciens noirs ont protesté et milité contre cette récupération, à commencer par Duke Ellington, puis Miles Davis, et surtout Charlie Mingus. Mais c'est au moment de l'explosion du free que cette protestation s'est radicalisée, avec des théoriciens comme Leroi Jones et des musiciens tels que Cecil Taylor, Ornette Coleman et Archie Shepp, celui-ci déclarant alors : "Nous ne sommes pas de jeunes gens en colère, nous sommes enragés !"
Je n'ai pas encore eu l'occasion de parler d'Archie Shepp, ce musicien qui aurait pu devenir un géant du jazz et qui a cessé de faire de la musique intéressante dans les années 80, se recyclant dans un revival désespérément mainstream. Dans les années 60 et 70 c'était un artiste ayant une conscience politique exacerbée, incorporant des poèmes pour Malcom X à ses compositions, et jouant totalement free. Je ne dis pas que politiquement il ait changé, mais en tout cas il semble avoir compris qu'on ne s'enrichit pas en jouant du free toute sa vie.Pour vous donner une idée de ce qu'il jouait en 1965, voici une version très inhabituelle et destructrice de "The girl from Ipanema", en plein boom de la Bossa-Nova, cette autre musique pour les blancs qui déferlait alors sur le monde et remplissait les tiroirs-caisses des grandes compagnies de disques :