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dimanche 15 novembre 2009

Marchons avec Miles


A l'instar de Picasso, Miles Davis est un artiste "à périodes" (évidemment, pour Miles, ces périodes sont toutes "kind of blue"). Les principales périodes de Miles sont bien connues : le bop, avec Parker et Gillespie, le cool, avec Konitz et Mulligan, le quintet avec Coltrane, le third stream, avec Gil Evans, le jazz modal avec Bill Evans, le deuxième quintet, avec Herbie Hancock et Wayne Shorter, la fusion, le funk, et pour terminer : la pop et le star system des années 80.

Il est une période que j'ai passée sous silence, parce qu'elle est souvent et malheureusement oubliée. Il s'agit de la période de transition entre le cool et la formation du quintet avec Coltrane.
On le sait, Miles n'était pas du genre à s'installer dans un style, même prospère. Il allait toujours de l'avant. Comme il le disait : "Ne m'aimez pas pour 'Kind of blue', aimez moi pour ce que je fais maintenant !".
Aussi, malgré le succès du style cool (surtout, il faut bien le dire, auprès du public blanc), a-t-il voulu en sortir. A l'époque (1954), Miles vient de se désintoxiquer assez violemment, et il rejettera le cool aussi durement qu'il a rejeté la dope, en inventant, avec Horace Silver, le Hard bop, une musique forte, plus simple que le bop, plus pêchue que le cool, et surtout : une musique exclusivement black (les blancs resteront englués dans le west coast, extension du cool sur la côte ouest, pendant de nombreuses années).
S'il est un disque à retenir de cette période, c'est "Walkin'". On y trouve la section rythmique de Miles à cette époque : Horace Silver, Kenny Clarke et Percy Heath, ainsi que les souffleurs JJ Johnson et Lucky Thomson, ce qui justifie grandement le sous-titre de "Miles Davis all stars" de ce magnifique disque.
Voici le premier titre de cet album, qui suffira largement à vous donner envie de chercher plus loin :

jeudi 14 février 2008

Ben quoi ?

Bon d'accord : "So what ?" est un tube que tout le monde connait. Mais voir Miles et Trane le jouer, c'est autre chose. On atteint ici les sommets du jazz et cette vidéo est tellement magnifique qu'il est inutile d'ajouter quoi que ce soit.

lundi 22 octobre 2007

Bornes kilométriques


J'ai déjà beaucoup dégoisé sur Miles Davis dans ce blog, et pas toujours pour en dire du bien. Il faut dire que, si je suis en adoration devant certains de ses albums (en gros, ceux de la période 1949-1969), je déteste au moins autant les suivants.
Pour moi "Kind of blue"(1959) est l'un des sommets absolus du jazz, pourtant, bien qu'il fasse partie de mes premiers achats, j'ai mis beaucoup de temps à l'apprécier : c'est un chef d'oeuvre qui n'est parfaitement reconnu comme tel qu'après l'édification d'une base de culture jazz ; bref, il n'est pas accessible immédiatement.
Je recommande donc à ceux qui veulent s'initier au jazz avec Miles Davis de commencer par l'album "Milestones"(1958) ; ils y découvriront un morceau historique, celui qui donne son titre à l'album et dont le nom fut prémonitoire puisqu'il constitue effectivement une borne : un point de départ du jazz modal qui atteindra ensuite les sommets avec "Kind of blue" ainsi qu'avec les albums de Coltrane (Trane est d'ailleurs présent sur cet album, avec Cannonball Adderley à l'alto). Les autres morceaux de l'album sont de facture plus classique : des blues, donc très accessibles.
Milestones :

jeudi 28 juin 2007

Quand Monk se tait



Il existe dans le jazz une célèbre controverse entre Miles et Monk. Pour planter le décor, disons que Monk n'est pas l'accompagnateur rêvé pour un soliste. Quand Monk fait l'accompagnement, avant tout il fait du Monk. Et pour un soliste, c'est très perturbant ! Tout le monde n'est pas capable de jouer un solo accompagné par Monk. Ce n'est donné qu'aux plus grands, et encore...pas tous. Ecoutons ce qu'en pense Miles : "J'adore les thèmes et les interprétations de Monk, mais en tant qu'accompagnateur, il me met hors de moi. Avec lui, je ne me sens pas soutenu."
Nous sommes le 24 décembre 1954 et Miles enregistre avec trois musiciens du Modern Jazz Quartet et Thelonious Monk. L'ambiance est tendue entre Miles et Monk. Miles est en pleine ascension et il se croit tout permis avec Monk qui traverse une mauvaise passe, il l'injurie, l'humilie, l'accuse de gâcher ses solos. Certains prétendent même qu'ils auraient échangé des coups, ce qui est très improbable, étant donné que Monk est un colosse et Miles n'est pas suicidaire.
La fameuse controverse porte sur la deuxième prise de "The man I love". Quand c'est au tour de Monk de prendre son solo, il joue le thème, commence sa variation puis... s'arrête de jouer, laissant tourner le moteur (la basse et la batterie seules) pendant plusieurs mesures, jusqu'à ce que Miles intervienne, Monk reprenant alors son solo.
D'après Miles, Monk s'est tout simplement endormi ! Les adorateurs de Monk (dont je suis) affirmèrent que le silence de Monk était voulu et que Miles avait eu tort de l'interrompre. Longtemps j'ai fait confiance aux thuriféraires de Monk et j'ai pensé : ce petit péteux de Miles n'a pas compris le génie de Monk. Mea Culpa ! J'ai enfin pu écouter cet enregistrement et me faire ma propre idée : il est clair que, si Monk ne s'est pas endormi, il s'est au moins perdu dans ses pensées. Il revient en tout cas très vite à son sujet, et réagit au quart de tour à l'intervention de Miles.
A votre tour de vous faire une idée, le solo de Monk arrive au bout de 5 min environ :
(Remarque : c'est loin d'être le seul intéret de ce morceau !)

samedi 9 juin 2007

Passage de témoin entre géants du jazz



En 1955 Miles Davis engage John Coltrane et forme ce qui deviendra le mythique premier quintette avec Red Garland au piano, Philly Joe Jones à la batterie et Paul Chambers à la contrebasse.

Trane est camé jusqu'à l'os et il a tendance à entraîner ses petits camarades de jeu, notamment Philly Joe, dans la défonce. Ce n'est pas du tout du goût de Miles qui a arrêté la drogue trois ans plus tôt :
"J'ai choisi la méthode la plus difficile, la cold turkey ("dinde froide", un sevrage brutal). Je suis resté douze jours à fixer le plafond et j'engueulais tout le monde autour de moi. J'étais trempé d'une sueur froide, mon nez et mes yeux coulaient. Chaque fois que j'essayais de manger, je dégueulais. Mes pores étaient tout dilatés et je dégageais une odeur de bouillon de poule. Puis ça c'est enfin arrêté."
Trane va de plus en plus mal, sur scène il commence à voir des hamsters qui jouent du banjo. Un jour il se plaint à Miles que l'un d'eux, Harvey, celui qui a une moustache rose, lui a piqué ses chamallows. Excédé, Miles dévisse et le vire !
Et c'est tant mieux pour tout le monde, ce qui va arriver ensuite est une grande page de l'histoire du jazz moderne :
Miles va former son deuxième quintette avec Herbie Hancock, Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams et jouera alors ce qui reste le top du top du hard bop.
Et Coltrane va faire ses classes avec le seul et unique génie du jazz : Monk !
Pour donner une idée, c'est un peu comme si Beethoven avait fait un stage chez Mozart avant de révolutionner la musique européenne.