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mercredi 12 décembre 2012

Shankar nous est ravi !

Les hommages à l'immense musicien pleuvent sur internet. On nous rappelle son influence sur nombre de musiciens, à commencer par Coltrane (qui appela d'ailleurs son fils Ravi), George Harrison, Philip Glass...

Il est incontournable, pour moi de mettre cette "video" (malheureusement incomplète) du fabuleux "India" de Trane, accompagné par Dolphy :




Mais je tenais aussi à ajouter ceci : "Ravi" de Gabor Szabo, tiré de l'album "Jazz Raga" dont le nom est suffisamment parlant. (Quant à la video proposée avec le morceau, eh bien... on fera avec !)

dimanche 22 novembre 2009

Sérénité

"Serenity" est un morceau de Coltrane qui apparait sur les albums "First Meditations" et "Meditations". Le premier, bien qu'enregistré en 1965, n'est sorti qu'en 1977, Coltrane n'en étant pas satisfait. Il était en pleine transition vers le free et le quartet ne lui suffisait plus. Il s'est alors payé le luxe de réenregistrer complètement cet album avec deux musiciens de plus : Rashied Ali et Pharoah Sanders.
Ces albums sont fantastiques tous les deux, et l'un ne va pas sans l'autre, mais, en ce qui concerne "Serenity", j'ai une préférence pour la version en quartet. La fin du morceau est pratiquement une démonstration de l'influence de Coltrane sur Jan Garbarek. Ajoutez la réverb sur le saxe et vous voilà transporté en Norvège.
Essayez voir !

Les liens Jiwa ne marchant plus, voici "Love", tiré du même album, en attendant de retrouver sur Youtube cette version de "Serenity" :

dimanche 1 novembre 2009

My favorite things (1)

Quand on parle de "My favorite things" avec un amateur de jazz moderne, le nom qui vient tout de suite, bien sûr, c'est Coltrane. La plupart, comme moi, ont découvert ce standard de Rodgers & Hammerstein sur l'album de Trane du même nom.
Ce morceau le fascinait et il l'a très fréquemment joué, en explorant toutes les possibilités harmoniques, poussant parfois le morceau (j'allais dire : le bouchon) jusqu'à plus de 30 minutes !
Depuis les années 60, c'est la version de Coltrane qui est devenue le standard, au point qu'on pourrait presque le considérer comme le compositeur du morceau.

Pour le cas ou des amateurs, débutant dans le jazz, ne connaîtraient pas ce chef-d'oeuvre, je le mets en écoute dans sa version la plus fameuse, celle de l'album "My favorite things" de 1960. C'est l'un des plus beaux morceaux de jazz que je connaisse, et le solo très Debussyste de McCoy Tyner m'enchante au moins autant que ceux de Trane.

Au cours de la semaine, je mettrais en écoute d'autres versions, pré et post coltraniennes, mais déjà, vous pouvez mesurer le fossé entre la version d'origine de Mary Martin (pour le show de Broadway, "The sound of music") et celle de Coltrane, enregistrée seulement un an après !



dimanche 11 octobre 2009

Kulu Se Mama

Pour rappeler ce que le Free Jazz, tendance World, de Pharoah Sanders doit à Coltrane , en voici l'une des plus fantastiques illustrations : Kulu Se Mama.
Ce morceau de 18 minutes constituait la face 1 de l'album du même nom, enregistré en 1965 et sorti par Impulse en 1966.

Un album bancal, puisque la face 2, d'une quinzaine de minutes comportait deux morceaux enregistré avec le fameux quartet, "Welcome" et "Vigil", qui semblaient à des milliers d'années-lumière du déchaînement free de la face 1. Ce disque n'est jamais sorti tel quel en CD. On commencera par lui adjoindre deux morceaux supplémentaires d'une autre session, pour équilibrer ("Selflessness" et "Dusk Dawn"), puis finalement, l'album disparaîtra du catalogue pour être éclaté sur deux autres disques, "The Major Works of John Coltrane" pour la face 1 et "Transition" pour la face 2.

C'est donc cette face 1 qui m'intéresse aujourd'hui. On y trouve, en plus du quartet, Pharoah Sanders évidemment, ainsi que Donald Garett à la clarinette basse (pour la petite histoire, il s'agit de la clarinette basse d'Eric Dolphy, que les parents de celui-ci ont offert à Coltrane après la mort de leur fils), Frank Butler comme deuxième batteur, et surtout Juno Lewis au chant et aux percussions. C'est lui, Lewis, le compositeur de ce morceau, poème dédié à ses "deux mère" : sa mère biologique et sa mère la Terre. Sa psalmodie rend ce morceau étrange, obsédant, trippant, unique dans la discographie de Coltrane.

Kulu Se Mama (sur deezer)

jeudi 20 mars 2008

Faisons comme si de rien n'était

bon, j'avoue... là, je suis un peu trop occupé pour me creuser les méninges, mais heureusement il y a youtube ! Pour rester sur Dolphy, le voici avec le quartet de Coltrane sur un titre qui devrais faire... impression.

jeudi 14 février 2008

Ben quoi ?

Bon d'accord : "So what ?" est un tube que tout le monde connait. Mais voir Miles et Trane le jouer, c'est autre chose. On atteint ici les sommets du jazz et cette vidéo est tellement magnifique qu'il est inutile d'ajouter quoi que ce soit.

samedi 10 novembre 2007

Mon truc préféré

Encore une petite merveille : Coltrane jouant "My favorite thing", sa marque de fabrique, un standard dont le compositeur n'a aucune importance : Trane l'a tellement joué et réinventé qu'il se l'est complètement approprié. Ici, cerise sur le gâteau, le quartet est augmenté d'Eric Dolphy à la flûte. C'est à Baden Baden en 1961 1961 et c'est géant géant !

jeudi 1 novembre 2007

Ballades à la colle Trane

Longtemps les amateurs de Trane ont méprisé cet album. Pensez donc : Coltrane sans bruit ni fureur, facile à écouter, pourquoi pas du Stan getz tant qu'on y est ! Eh bien justement, Trane a avoué s'être inspiré de "The sound", mais cet album, s'il est paisible, n'en est pas pour autant détendu ; ces ballades sont déchirantes et touchent au sublime : c'est le vrai Coltrane tout entier et non une simple parenthèse commerciale.
Certes, commencer à écouter Coltrane par cet album c'est s'exposer à bien des surprises si l'on veut aller plus loin, mais ce n'est pas une si mauvaise idée ; poursuivez avec "Crescent" où vous trouverez aussi quelques ballades, embrayez sur "Africa/Brass" et sur "Olé" et voilà, vous êtes pris ! Cela vaut mieux, en tout cas, que de commencer par "A love supreme" qui est considéré, à tort à mon avis, comme le sommet de l'oeuvre coltranien et dont le mysticisme peut sembler un peu rébarbatif de prime abord.
Voici "Nancy (with the laughing face)", écoutez et fondez :

lundi 15 octobre 2007

Impressions soleil levant


En 1960, à l'issue d'une jam session, Coltrane demande à Wes Montgomery de se joindre à son quartet. Bien qu'appréciant beaucoup la musique de Trane, Wes refuse, il vient de se lancer dans une carrière solo et le succès arrive rapidement ; il n'est pas question pour lui de se contenter d'une place de sideman, alors qu'il a huit bouches à nourrir et qu'il travaille comme soudeur pendant la journée. Le calcul s'avère payant, il enregistrera en leader et ira de succès en succès au cours des années 60, à un rythme effréné, ce qui causera probablement sa mort, d'épuisement, en 1968.
Entre temps, il sera devenu une idole pour les jeunes guitaristes, une référence, lui l'autodidacte, qui avait couru s'acheter une guitare après avoir entendu jouer Charlie Christian, et dont le jeu si particulier avec le pouce lui a été quasiment imposé par sa femme afin qu'il évite de réveiller les gosses en s'entraînant. Même dans ses enregistrements les plus commerciaux il est fabuleux et il serait dommage de gacher son plaisir en le snobant.
Quant à son contact avec Coltrane, il en reste au moins un chef d'oeuvre : sa version de "Impressions" que je peux écouter en boucle pendant un temps infini. Régalez-vous :

lundi 17 septembre 2007

Not so sweet home, Alabama


En 1964, John Coltrane rencontre enfin Ravi Shankar qu'il admire (il appellera son second fils Ravi), et avec qui il n'avait eu, jusque là que des contacts épistoliques. John est un homme doux, épris de spiritualité et passionné par la philosophie asiatique. Il s'efforce d'être en paix avec les autres et avec lui-même, et sa croyance en l'être humain confine à la naïveté. Shankar saura voir l'homme tourmenté qu'était en vérité Coltrane, pour cela il lui suffira d'assister à quelques-uns de ses concerts. D'après lui, la musique de Coltrane était tout sauf apaisée, elle était pleine de tension, de tristesse et de mélancolie. En voici un exemple célèbre : le 15 septembre 1963, quatre fillettes noires sont tuées dans un attentat à la bombe sur une église baptiste en Alabama ; John Coltrane n'est pas un homme en colère comme, par exemple Charles Mingus, c'est un homme attristé, ne comprenant pas la folie des hommes ; en hommage à ces quatre fillettes, il compose l'un des morceaux de jazz les plus poignants qui existe : Alabama.

mardi 28 août 2007

Coltrane et les batteurs

Beaver Harris : "Tandis que nous jouions, un soir, j'étais tellement pris par l'énergie incroyable de sa musique, que dans mon excitation je heurtai le pied d'une de mes caisses et qu'une cymbale fut déséquilibrée. D'un seul coup, Trane s'arrêta de jouer, comme s'il avait aussitôt entendu que quelque chose n'allait pas. Il regarda mes caisses, puis il se mit à quatre pattes pour essayer de les fixer pendant que je continuais à jouer comme un fou." Le nom de ce batteur n'est pas important mais l'anecdote est révélatrice : pour Trane la batterie était essentielle. Il a mis du temps avant de trouver "le" batteur qu'il lui fallait. Coltrane appréciait beaucoup Philly Joe Jones, le batteur du quintette de Miles Davis dont il a fait partie ; aussi, quand il a commencé sa carrière en tant que leader il n'a eu de cesse de trouver un batteur puissant, occupant bien l'espace sonore comme Philly Joe. Après plusieurs essais qui le laissaient insatisfait, il a fini par trouver la perle rare : Elvin Jones.
Elvin Jones ressemble à quelque chose comme l'exact opposé de Trane : un véritable sauvage, jouant comme un fou furieux tandis que son leader semble toujours rester posé, même dans ses solos les plus extrèmes. Tout au plus voit-on le saxo de John monter de temps en temps vers le plafond alors que la furia d'Elvin évoque le diable de Tasmanie du cartoon. Pendant certains concerts, c'est à peine si on entend la basse et le piano. Il arrive d'ailleurs quelquefois à Trane de demander à McCoy Tyner et à Jimmy Garrison d'aller faire un tour pendant que lui et Elvin se font des impros d'une demi-heure.
Alors, pourquoi diable Elvin Jones n'a-t-il pas accompagné Trane jusqu'au bout, comme Jimmy Garrison, le bassiste qu'il avait aussi choisi avec beaucoup de soin ? Pour McCoy, on comprend, c'est un pianiste essentiel, c'est lui qui a mené John et le quartette vers les sommets du jazz modal, il avait beaucoup de choses à faire de son côté, alors il a pris son envol à partir du moment où la direction que Trane donnait à sa musique ne lui convenait plus.
Elvin lui, a été victime à la fois de son orgueil et de la passion de John pour la batterie et les percussions. Au contact de Michael Babatunde Olatunji, artiste d'origine africaine dirigeant un orchestre de percussion, Trane a commencé à envisager de jouer avec deux batteurs simultanément. C'est alors qu'intervient Rashied Ali. Un soir de concert où Elvin Jones est en retard, il demande à Trane de le laisser prendre sa place à la batterie. John accepte et l'expérience est concluante. Il ne s'agit pas de remplacer Jones, il est irremplaçable, et d'ailleurs Ali n'est pas aussi puissant que lui, il est différent. Selon Coltrane : "Rashied est un batteur multidirectionnel. Quelque direction que je prenne, il me suit exactement comme il faut."
Ces mots d'Elvin Jones permettent de comprendre son départ : "Je ne joue pas de la merde, moi ! Et Trane m'a foutu ce rigolo avec moi à la batterie, et il fallait rester des heures sur un seul morceau, à en être complètement crevé..."
Et voilà pourquoi Elvin manque si cruellement sur les derniers enregistrements de Coltrane.
En écoute : "The Drum Thing" tiré de l'album "Crescent" (1964), l'un des plus beaux de Trane avec le mythique quartet :

dimanche 17 juin 2007

Coltrane l'insatisfait


En 1965, quand John Coltrane se sépare de McCoy Tyner et d'Elvin Jones, tout le monde du jazz se sent orphelin. Comment, et surtout pourquoi remplacer ces deux géants qui, tous les deux, sont des références pour leur instrument ? Les deux nouveaux venus sont de quasi-inconnus : Rashied Ali à la batterie et Alice Mc Leod au piano. Alice épousera même John et sera alors considérée comme une espèce de Yoko Ono du jazz.
Encore aujourd'hui, beaucoup de fans de Trane s'arrêtent à cette année jugée fatidique et rejettent la dernière période.
On peut y être allergique, effectivement, mais il faut comprendre : ce n'était pas le genre de Coltrane de stagner et de se satisfaire de lui-même ; McCoy et Elvin étaient arrivés à leur pinnacle, alors que John, lui, était encore en pleine ascension. Il savait ce qu'il voulait et voyait bien que les deux autres ne le suivraient pas.
Lorsqu'on écoute les disques de Coltrane dans l'ordre, on sent bien qu'il est en perpétuelle remise en question, et en même temps, l'impression est celle d'une voiture de course qui fonce vers un mur. La mort l'a arrêté avant le crash final, mais celui-ci était inéluctable. Ses derniers concerts sont d'une radicalité extrème, une espèce de jazz métal d'une violence inouïe ; un magma sonore dominé par la batterie omni-présente, d'où émergent quelques grappes de notes de piano, accompagne les hurlements des saxos (Trane et Pharoah Sanders). Ecoutez ça pendant une heure et vous aurez l'impression d'avoir les oreilles qui saignent. Qu'aurait-il pu faire de plus encore ?
Le silence ! S'il n'était pas mort, il aurait probablement cessé de faire de la musique plutôt que de se répéter ou de revenir en arrière.
Avant d'en arriver aux dernières extrémités des ultimes concerts, les albums studio de la dernière période sont beaucoup plus écoutables, ce sont même parmi ses chefs d'oeuvres pour qui veut s'en donner la peine (quant à moi, j'ai mis 20 ans avant de pouvoir les apprécier, alors... patience !)
Voici "Stellar regions" tiré de l'album du même nom, enregistré en 67, cinq mois avant la mort de Trane. Un morceau calme et détendu, presque zen :
Comme je ne trouve plus de lien pour ce morceau, voici "Seraphic Light", du même album :

samedi 9 juin 2007

Passage de témoin entre géants du jazz



En 1955 Miles Davis engage John Coltrane et forme ce qui deviendra le mythique premier quintette avec Red Garland au piano, Philly Joe Jones à la batterie et Paul Chambers à la contrebasse.

Trane est camé jusqu'à l'os et il a tendance à entraîner ses petits camarades de jeu, notamment Philly Joe, dans la défonce. Ce n'est pas du tout du goût de Miles qui a arrêté la drogue trois ans plus tôt :
"J'ai choisi la méthode la plus difficile, la cold turkey ("dinde froide", un sevrage brutal). Je suis resté douze jours à fixer le plafond et j'engueulais tout le monde autour de moi. J'étais trempé d'une sueur froide, mon nez et mes yeux coulaient. Chaque fois que j'essayais de manger, je dégueulais. Mes pores étaient tout dilatés et je dégageais une odeur de bouillon de poule. Puis ça c'est enfin arrêté."
Trane va de plus en plus mal, sur scène il commence à voir des hamsters qui jouent du banjo. Un jour il se plaint à Miles que l'un d'eux, Harvey, celui qui a une moustache rose, lui a piqué ses chamallows. Excédé, Miles dévisse et le vire !
Et c'est tant mieux pour tout le monde, ce qui va arriver ensuite est une grande page de l'histoire du jazz moderne :
Miles va former son deuxième quintette avec Herbie Hancock, Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams et jouera alors ce qui reste le top du top du hard bop.
Et Coltrane va faire ses classes avec le seul et unique génie du jazz : Monk !
Pour donner une idée, c'est un peu comme si Beethoven avait fait un stage chez Mozart avant de révolutionner la musique européenne.