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dimanche 21 mars 2010

Spring in Swing : Ra mène sa fraise

C'est le printemps et, à nouveau, l'occasion pour le Z-Band de faire un billet commun.
Le thème de ce billet commun est, euh... le printemps, ou plutôt "Spring", comme dirait JCVD qui a oublié le mot français.
Rappelons que "spring" signifie aussi "ressort", et qu'il ne fallait pas en manquer pour trouver un morceau de jazz dont le titre contienne le mot "spring" mais, surtout, qui évoque effectivement le printemps !

Quand je pense printemps, je pense surtout à Debussy, et aussi à la flûte traversière. Une couleur, un état d'esprit, une ambiance, appelez ça comme vous voulez, qui vous fait immédiatement penser "Aaaah, c'est l'printemps, quelle douceur, quel bonheur !"

Bon... tout ça pour dire que j'ai trouvé l'idéal, quoi !
Il s'agit de l'un de mes artistes préférés, Sun Ra, et de l'un de ses albums les plus beaux et en même temps les plus accessibles, "Sleeping Beauty" (1979).
Trois morceaux, deux sur la face A et un sur la face B, qui sont de pures merveilles, avec de magnifiques orchestrations, comprenant des voix, et de fantastiques solos.
A qui serait assez fou pour se contenter d'un seul album de Sun Ra, je recommanderais celui-là.
Pour donner envie, et être en même temps en plein dans le sujet, voici "Springtime again", le premier morceau du disque. Installez vous, fermez les yeux, ça sent... la primevère !




A l'heure qu'il est, voici ce que mes collègues ont déjà publié :

Jazz à Paris : Springtime for H & Correction
Ptilou : Clifford Brown
Jazz à Berlin : Eric Dolphy
Maître Chronique : Coltrane
Jazz frisson : Blossom Dearie
JazzOcentre : de Michel Legrand à Bill Evans
Belette : Kenny Dorham
Bladsurb : Manu Katché
Jazzques : Jeanne Lee & Mal Waldron

lundi 2 novembre 2009

My favorite things (6)

Pour terminer en beauté avec "My favorite things", voici une version pour le moins inattendue : celle de Sun Ra sur le magnifique album, récemment réédité "Some blues but not the kind that's blue" (1977).
Cette version est unique : elle ne ressemble pas au morceau original, n'a rien à voir, non plus, avec la version de Coltrane, sans pour autant être déjantée, comme on pourrait s'y attendre avec Sun Ra.
Une pure merveille !

Le lien jiwa ne marchant plus, en voici deux autres versions très différentes :

dimanche 27 septembre 2009

Voyage dans l'espace - 3ème étape

Pour cette troisième étape à la découverte de Sun Ra, vous pouvez choisir n'importe quel album des années 60, ils sont tous d'écoute relativement accessible. Avec une précaution cependant : assurez vous que Sun Ra joue du piano sur l'album. Sinon, ça signifie qu'il se cantonne à l'orgue, et là... c'est beaucoup plus rugueux ! En ce qui me concerne, je déteste l'orgue dans le jazz et, même si le jeu de Sun Ra est rien moins qu'académique, j'ai beaucoup de mal à accrocher, le préférant au moog, mais pour ça, il faut attendre les années 70.
Pour cette approche du Sun Ra des années 60, un disque s'impose pour commencer : "The futuristic sounds of Sun Ra". Sun Ra s'en tient au piano, Gilmore joue de la clarinette basse en plus du ténor, on entend parfois Marshall Allen à la flûte et, surtout, une variété d'instruments à percussion, qui donnent à l'ensemble une connotation world très agréable. Quelque chose à mi-chemin entre Mingus et le Pharoah Sanders des années 70.
Je mets en écoute le morceau le moins accessible, "The beginning". C'est un test ! Si celui-là vous plaît, alors vous vous régalerez de l'album entier et vous serez prêts à explorer le Sun Ra des années 60 : "Cosmic tones for mental therapy", "Secrets of the sun", "Art forms of dimension tomorrow" et autres "Nothing is".

dimanche 31 mai 2009

Voyage dans l'espace - 2ème étape

Pour comprendre où va Sun Ra, il peut être utile de savoir d'où il vient.
Les albums des années 50, ses premiers, en donnent un bon aperçu ; tout à fait accessible, mais déjà bizarre. On s'aperçoit de l'influence de Duke Ellington, couplée avec celle des étranges compositions de Herbie Nichols. Par moment, on croirait entendre un Mingus avant l'heure.


Un exemple ? "Angels & Demons at play", composé de deux sessions séparées de 4 ans : 1956 et 1960. On y trouve déjà John Gilmore et Marshall Allen ; on peut entendre ce dernier à la flûte sur le morceau en écoute : "Tiny Pyramids". Quant à Sun Ra, il alterne entre piano et orgue, et on sent qu'il a déjà entamé son voyage dans l'espace.
A suivre...

dimanche 24 mai 2009

Voyage dans l'espace - 1ère étape

Pour qui veut entrer dans le monde fantastique de Sun Ra, il est un écueil, et non des moindres : trouver la bonne porte ! Ouvrez une porte au hasard, et vous vous retrouvez en un enfer dont les oreilles non éduquées ne se remettent pas. Le terme "space" a été inventé pour lui, tant sa musique est étrange, irritante, velue, touffue. C'est le Douanier Rousseau revisité par Dali et par Bacon.
Je n'ai pas la prétention de connaître la porte idéale. De plus, cela ne suffit pas. Il faut ensuite sauter de porte en porte, s'enfoncer dans l'étrange par paliers, un pas après l'autre, "surtout, ne regarde pas en bas !", pour arriver au coeur de l'infini, où tout est musique, où ce qui vous avait semblé une horrible cacophonie devient, au minimum, audible.

"Lanquidity" (1978), me semble une porte sûre. Il s'agit d'une incursion de Sun Ra dans le funk. Du funk, donc accessible ! Oui, mais du funk à la Sun Ra, tout de même. C'est-à-dire que ça ne ressemble à rien de ce qui se faisait à l'époque dans le domaine de la fusion funk-jazz. Ce disque ridiculise tous les exemples du même genre par sa hauteur de vue. Vous y trouverez un premier morceau qui fait un peu penser à Mingus, suivi de trois morceaux avec un groove tranquille, dont "That's how I feel", que j'ai mis en écoute, et pour terminer, un morceau "space", mais qui reste accessible, pour commencer à se familiariser avec un Sun Ra plus habituel : "There are other worlds". Pour terminer, précisons que le terme "lanquidity" est fabriqué à partir de liquidity et de lanquid, qui signifie "alangui", et qu'il traduit bien l'atmosphère de cet album.
A suivre, pour les autres paliers... Attention, ne brûlez pas les étapes !

mardi 28 avril 2009

Un nouveau coup de soleil

Encore un extrait de "New Steps", pour l'influence ellingtonienne.
Là où il n'y a pas de soleil, il y a quand même Sun Ra !

samedi 25 avril 2009

Dans l'ombre du soleil


Il est des artistes de talent qui se satisfont de rester dans l'ombre d'un génie, y trouvant tout ce qu'ils cherchent pour s'épanouir. Charlie Rouse, avec Monk, en est l'un des exemples les plus connus.
Ce qui est plus étonnant, c'est quand l'artiste en question est plus que talentueux. Quand tout le monde sent qu'il a un énorme potentiel et pourrait jouer un rôle plus important. C'est ainsi qu'à la surprise générale, John Gilmore, saxophoniste de l'étoffe des Coltrane, Rollins ou Kirk, a préféré faire toute sa carrière dans l'Arkestra de Sun Ra. Certes, en écoutant Sun Ra, on profite des solos de Gimore, mais le moins que l'on puisse dire est que, dans le foisonnement du collectif, il reste plutôt anonyme !

Pour preuve, cette courte et rare vidéo, où on ne le voit même pas :



Heureusement, en 1978, Sun Ra a tourné en quartet, le temps d'enregistrer quelques disques qui mettent en lumière son saxophoniste fétiche, en compagnie du trompettiste Michael Ray et du batteur Luqman Ali.

Parmi ces quelques rares albums, "New Steps" est une pure merveille. Il commence par une superbe version de "My favorite things" (en écoute plus bas), très différente de celles de Trane. On enchaîne sur un morceau où Ra utilise le synthé (le seul de l'album), pour nous emmener là où il se sent le mieux : dans l'espace ("Moon People"). Le reste est tout aussi formidable, qui permet d'apprécier les talents de pianiste de Sun Ra dans un cadre plus intimiste que celui de l'Arkestra et de mesurer ce qu'il doit à Duke Ellington.
En bref, c'est là un disque que l'on peut recommander à ceux qui adorent Sun Ra comme à ceux qui le détestent, non sans une certaine pointe de cruauté, tant il reste difficile à trouver !





lundi 4 février 2008

Faites face à la musique

Quand Sun Ra and his Arkestra passent dans un show TV en 1990, il est évident qu'ils ne peuvent pas jouer trop free, de peur que le producteur de l'émission ne coupe le jus, prenant leur prestation pour un attentat culturel. Alors, habillés quand même comme les membres d'une secte, ils jouent "Face the music", une musique raisonnablement écoutable ( mis à part le solo de sax alto de Marshall Allen !) pour le spectateur américain moyen, et même dansante, limite trippante. En clair, ça donne ça :

lundi 3 septembre 2007

Ra... Lovely !

Rapport de l'agent Xyztazmoatchop concernant la mission d'infiltration terrienne de l'agent Baaaati :
Je rappelle que le susnommé Baaaati fut envoyé sur terre sous le nom de Herman Poole Blunt dans le but d'observer les moeurs terriennes en se spécialisant dans le domaine de la musique, et ce dans le but de la préparation d'une invasion massive de cette planète par les forces saturniennes.
J'affirme que cet agent a failli à sa mission et peut même être considéré comme un traître pour les raisons que je vais maintenant évoquer :
- Tout d'abord, l'agent Baaaati n'a pas respecté le protocole établi et s'est rebaptisé de lui-même Sun Ra en hommage à une obscure divinité terrienne de bas étage, commettant, en passant un sacrilège incommensurable à l'égard de Waouputinxébon le seul et unique dieu dans l'univers !
- De plus, alors qu'il lui avait été demandé de pratiquer une musique n'attirant pas l'attention, il n'a eu de cesse que de dévier de son chemin et de détourner les codes de cette musique (appelée jazz par les terriens). Il a semblé, au début se fondre dans le moule et jouer les styles en vigueur à son époque : swing, puis be-bop et hard-bop ; mais, ce faisant, il composait des morceaux aux titres très étranges pour l'époque, tels que "A call for Demons", "Advice for medics" ou "Medicine for a nightmare". Ses premiers disques, même s'ils paraissent écoutables pour un auditeur actuel furent considérés comme bizarres à l'époque de leur parution.
- Enfin, faisant fi de toutes les consignes de discrétion, il finit par griller sa couverture et affirma venir de Saturne, tout en enregistrant des disques aux titres très explicites tels que "Visit planet Earth", "interstellar low ways" et autres "The nubians of Plutonia". S'il n'y avait que les titres des morceaux, les tenues excentriques et les déclarations farfelues, il aurait pu simplement passer pour un doux dingue. Le problème est qu'il s'est mis à jouer pûrement et simplement de la musique saturnienne, provoquant la stupeur des auditeurs terriens ! De leur point de vue, même après l'avènement d'une musique très libre appelée free jazz, la musique de Sun Ra est toujours aussi unique et étrange, bref : extraterrestre !
Je recommande donc d'abandonner nos projets d'invasion, les terriens étant maintenant vraisemblablement au courant de notre espionnage.
Comme preuve de la trahison de l'agent Baaaati, voici "Solar Drums" tiré de l'album "Art forms of dimension tomorrow" (1965). Dans ce morceau, vous reconnaîtrez sous un titre qui le déguise, le fameux hymne de notre beau pays de Zzzzzwakawaka : "The Star Spangled tirelipoingpoing".